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Steven Seagal et la fourmi...Faut pas manger de yaourts quand t'as la courante !
March 09 ZE END.
Et voilà, ce qui devait arriver arriva. Mon handicap m'empêchant d'exercer mon métier, je suis passé hier au commissariat pour rendre ma plaque, mon arme de poing, mon uniforme et tous les trombones que j'ai piqué dans les tiroirs de mes collègues depuis toutes ces années de sévices. ( TRUST, si tu m'écoutes ... ). Mes collègues m'avaient réservé une petite surprise, le commissaire les ayant prévenus de mon passage. Il faisait froid hier matin vers 15 heures, quand je me suis levé après une bonne nuit à regarder les émissions cochonnes sur la pêche en rivière, ce genre d'émission qui vous tient éveillé toute une nuit, et qui doit aussi être responsable d'un bon nombre de suicides collectifs des deux côtés de l'hémisphère. J'avais prévenu le commissaire de mon souhait de quitter la police. Il avait essayé maintes fois de me faire changer d'avis, mais ces derniers temps, je ne changeais même plus de slip, c'était pas pour changer d'avis. J'avais fait mon temps ( quand on partait sur les chemins, à bicycletteuuuuuuuh ...) chez les poulets, et je ne voulais pas de l'emploi de bureaucrate qui m'était offert, en récompense de mes nombreux états de service. Je ne me voyais pas derrière un bureau de huit heures du matin, jusqu'à huit heures quinze, l'heure où débutait la pause café. Depuis ma tendre enfance, j'avais voulu être flic. Depuis ma tendre adolescence, j'avais tenté d'être un bon flic. A la fin de ma carrière, j'aurais pu prétendre au rang de super flic. Alors comment pouvais-je accepter un job où ma plus grande excitation serait de classer les contraventions par ordre croissant de prix ??? Je m'étais entretenu très longtemps avec le boss, avant de prendre ma décision. Nous avons ri aux larmes en s'empiffrant de riz au lait, nous avons remémoré nos plus grands souvenirs, comme nos plus grosses bavures, nous avons pleuré, nous avons décidé que, malgré nos différences, nous resterions comme deux amis, chose que j'ai refusé sur le champ. Ma décision était prise, je prenais ma retraite. J'ai un peu d'argent de côté, caché à l'intérieur d'un vieux ballon de rugby, qui doit trainer sous mon lit. Je n'ai plus l'usage de tous mes sens, mais j'ai envie de respirer le peu de temps qu'il me reste à vivre à plein poumons. Je vais voyager en première classe, j'essaierai de draguer les plus jolies hotesses et je boirai toutes les mignonnettes de whisky qu'on mettra dans les mini-bars des hotels de luxe que je fréquenterai. Merde, j'ai bien mérité cette luxure après avoir passé des nuits en planque dans ma vieille Mustang. Il n'était pas plus de seize heures quand je suis entré avec mon fauteuil roulant dans le hall du commissariat. Personne ... Pas même cette vieille standardiste aussi usée que l'intérieur de mes paumes de mains. Pas un seul flic dans les escaliers en train de se baffrer de ces donuts que tout bon flic de cinéma affectionne. Pas de téléphone qui sonne dans tous les coins. Rien que du silence. Je sentais le traquenard, en plus de trente années de service, je n'avais jamais vu cet endroit aussi calme. C'était aussi calme qu'un concert de Mylène Farmer. Avec un sourire au coin des lèvres ( ne me demandez pas lesquelles, je suis un mec ... ), je me suis engagé dans l'ascenseur et j'ai appuyé tant bien que mal sur le bouton 5 et demi, l'étage de mon service à la criminelle. Ne me demandez pas pourquoi 5 et demi, car je vous répondrai que cet étage avait la particularité de se trouver entre le quatrème et le huitième étage. L'architecte de cet immeuble a repris ses études de broderie sur soie après s'être essayé à l'architecture. La petite musique d'ascenseur s'est mise en route après la fermeture des portes, une gentille ritournelle au piano à la limite du supportable. Si j'avais été coincé dans cet endroit confiné avec cette musique, je crois que j'aurais essayé de me percer les tympans avec une de mes rognures d'ongle de pied. La porte s'est ouverte sur un bureau vide. Le genre de bureau qui aurait pu être plein, mais qui en fait était vide. Comme si tout avait été déménagé depuis mon dernier passage en ces lieux. Mais ce n'est qu'après de longues minutes à me creuser les méninges que je me suis aperçu que je m'étais trompé de bâtiment, et que j'avais confondu le commissariat avec la vieile boucherie chevaline à l'angle de Quality Street et de la neuvième avenue. Le temps de faire le chemin inverse et de me rendre pour de bon au commissariat, il était plus de 18 heures, heure à laquelle tous les flics de la ville décident que les bandits et criminels attendront bien le lendemain pour être coffrés. A mon entrée dans le hall de l'immeuble, je m'aperçus avec soulagement que la vieille standardiste ronchonne était bien à sa place. Elle se leva de son siège en velours pour venir me saluer : " Oh Steven , j'ai appris la nouvelle !!! Vous allez nous manquez !!!" Puis elle me glissa en chuchotant à l'oreille : " Mais je vous promets de toujours penser à vous quand mon idiot de mari essaiera de me faire jouir ... " Je ne connaissais pas Miss Térébouldegomme sous ce jour, et rien que d'y penser, ça me fichait des frissons jusque dans le bas du dos. Je crois lui avoir souri et je me suis empressé de prendre l'ascenseur avant que celui-ci ne se referme et ne me force à rester plus longtemps avec cette vieille sorcière. Les deux jeunes flics qui composaient la population de cet espace confiné était encore des jeunes poulets sans plume, qui ne savaient même pas qui j'étais. Ils s'arrêtèrent au troisième en pouffant comme deux jeunes pucelles, sûrement à se foutre de la gueule d'un handicapé dans un fauteuil. Les flics, c'était plus ce que c'était à mon époque ... Maintenant, ils roulent dans des japonaises et montrent leurs insignes quand ils sortent en boite, des fois que les vraies pucelles sans cervelle soient impressionnées ... Ils boivent de la vodka, noyée d'orange, en criant à qui veut bien les écouter qu'ils vont débarasser Chicago de toute sa vermine dans les quinze prochains jours. Et merde, si j'avais pas déjà gerbé ce matin en me levant, je crois que j'aurais encore posé une galette sur la moquette verdâtre de l'ascenseur ... Le petit "Cling" familier me tira de mes pensées, et m'indiqua, que j'étais arrivé au cinquième étage et demi. Mon coeur se serra l'espace de quelques centièmes de secondes. Et si tout le monde était indifférent au fait que je me mette hors-service ? Et si, j'avais cru des années durant, à tort, que j'étais devenu indispensable à l'ordre de cette ville ? Ces interrogations s'évanouirent à l'ouverture des portes de l'ascenseur ... Ils étaient tous là. Elles étaient toutes là aussi. Tous les gars avec qui j'avais fait équipe étaient présents, même ceux qui étaient morts en service, d'où cette drôle d'odeur qui régne encore de façon persistante dans mes narines, au moment où je vous écrit cette dernière lettre. Toutes les filles des bureaux qui avaient essayé de me faire du gringue étaient présentes. J'ai même cru un moment que mon entre-jambe se durcissait, mais de mauvais souvenirs me rappelaient que tout ceci était scientifiquement impossible ... Ils et elles étaient tous affublés d'un T-shirt ridicule à mon éfigie, où était inscrite une phrase encore plus ridicule : "Steven, avec ou sans tes roubignoles, tu vas nous manquer ". Cette phrase aurait du me décrocher un fou rire, mais ils n'obtinrent qu'un minuscule sourire forcé. Je devais avoir mon humour placé à côté des roubignoles ... Il y a de celà quelques temps, j'aurais rigolé comme une baleine à ce genre de boutade, mais les temps ont changé, en bien, en mal, je ne saurais le dire, mais ils ont changé bordel ... Il y avait des ballons partout. Il y avait des ballons au plafond, il y avait des ballons au sol, il y avait des ballons sur les tables, il y avait des ballons dans les toasts. Il fallait bouffer un ballon si tu voulais bouffer un toast, c'était le deal. Tout le monde parlait trop fort. Cette fête était pour moi, tous les gens étaient là pour moi, et je me sentais malgré tout étranger à tout ça. J'avais toujours détesté les pots de départ, peut être pour les mêmes raisons qu'aujourd'hui : je détestais bouffer des ballons et des cotillons ... Tout le monde est venu me voir, même ceux qui auraient préféré ne pas le faire, mais quand un mec voulait se défiler, le commissaire l'attrapait par la peau des couilles ( chanceux va !!! ) et lui ordonnait de venir me débiter deux ou trois phrases d'une banalité consternante, genre : " Bravo Steven pour tout ce que tu as fait pour cette ville. Tu vas nous manquer tu sais, je te promets de m'inspirer de tes méthodes pour débarasser la ville de tous ses méchants qui sont pas gentils !!! " Pauvre con !!! Il ne me conaissait même pas ce type, on avait du se croiser une ou deux fois à la machine à café. S'il savait que je m'étais tappé sa femme au dernier barbecue du commissariat ... Certains ont pleuré aussi. Certains ont essayé de pleurer. Les premiers auraient pu prétendre à un Oscar, les seconds à n simple César ... Cette fête fut bien trop longue à mon goût. Une fête qui dure plus de 7 minutes est bien trop longue à mon goût. J'ai bu plus que de raison. J'ai bu bien plus que ne me l'avait ordonné mon médecin : " Steven , le traitement que vous prenez multiplie par dix lea dose d'alcool dans votre sang, alors faites bien attention !!! " Je venais d'ingurgiter alors l'équivalent de 10 litres de whisky, et si je n'avais pas été dans mon fauteuil, je crois que je me serais étalé de tout mon long dans le décolleté plongeant de la femme du commissaire. Mort par asphyxie dans les gros bonnets de la femme du commissaire. Je voyais déjà les gros titres en page centrale du Chicago Tribune in the Night oh the Sky but where is the Dog. He's in the kitchen. J'ai toujours trouvé ce titre de journal un peu trop long, mais fort amusant. Tout le monde commençait à partir, non sans un dernier mot d'encouragement pour mon avenir et non sans les dernières félicitations pour tout ce que j'avais accompli tout au long de ma carrière. Puis, je me suis retrouvé seul avec le boss, au milieu des ballons, des flaques de gerbes et des cotillons collés par les flaques de gerbe. Je priai pour que la femme de ménage de la nuit n'ait pas trop mangé au diner ... Le bosse s'approcha de moi et me tappa sur l'épaule qui était dans le prolongement de mon bras droit : " Te connaissant, tu dois être soulagé que tout ceci soit terminé, non ?" Le boss savait à quel point les mondanités m'étaient insupportable et je lui répondis en éructant bruyemment : " Oui, Boss. Mais j'étais pas pourri. Je crois que j'aurais pu encore donner beaucoup à cette ville. La roue tourne, et je dois laisser la place aux jeunes et prendre du repos bien mérité, même si je ne sais pas ce que signifie repos ... " " Ca va aller Steven !" dit-il dans un souffle en éteignant les derniers néons. Connaissant le boss, je m'attendais à devoir subir à nouveau un de ces longs discours dont lui seul avait le secret. Mais il n'en fit rien. Un signe de la main fut le dernier signe qu'il me fit en murmurant, des trémolos dans la voix : " Bonne chance Steve, prends soin de toi. Garnier ". Ma carrière de flic s'est terminéeic et comme ça. Pas de feux d'artifices. Des adieux bruyants, mais somme toute simples et chaleureux. Cet endroit me manquera, il me manque déjà. Certains gars me manqueront, quoiqu'en y réfléchissant bien, pas tant que ça. Et là, 24 heures après, je me dis qu'il me faut forcer le destin et tenter de reprendre, ou plutôt de prendre une vie normale. J'ai bientôt 60 ans, j'ai fait mon temps ( à bicycletteuuuuuuuuh !!! ) et j'ai atteint un âge ou je dois courir après le temps perdu plutôt qu'après les malfrats et autres sacripans de la drogue ... Aujourd'hui, je vous fait mes adieux, le cul posé dans un grand fauteuil en cuir, à dix mille mètres au dessus de vos têtes. Cet avion me conduit en France, un endroit qui m'a toujours fait rêver étant môme. C'est l'occasion de connaitre le luxe à la française, la bonne gastronomie, les meilleurs vins et les plus belles femmes du monde. J'ai besoin de repos, malgré tout ce que j'ai pu croire, et le repos, je vais le chercher jusqu'à temps que je le trouve. Si j'y pense, je vous enverrai une carte postale de temps en temps. Prenez soin de vous et merci pour vous savez quoi ... Quant à toi, ce n'est pas sans un immense pincement au coeur que je te dis merci d'être passée en ces lieux un beau matin de l'été 2006 (à moins que ce ne soit un soir ... ). Jamais je n'oublierai que c'est ce boulot de flic qui m'a fait te connaitre. Ce dernier billet est le tien, et jusqu'à la fin, c'est pour toi que j'ai entretenu ces lieux poussiéreux. Et tu sais quoi ?
December 30 YAOURT.Ca va bientôt faire 5 mois que je vous ai laissé sans nouvelles, vous, mes fidèles lecteurs ... Enfin toi, ma fidèle lectrice ...
5 mois où j'ai enduré les pires souffrances suite à mon stupide accident de l'été dernier. 5 mois qui m'ont parut durer 5 longues années.
Ce n'est pas tant la souffrance physique qui fut le plus difficile à supporter, les médicaments étaient là pour ça. Morphine, tranquillisants, héroine, cocaïne et Marie-Jeanne ( mon infirmière ) ont fait leur effet. Non, ce sont ces 5 mois scotché devant la télé qui furent les plus éprouvants. En quarante ans de carrière, je n'ai jamais pris de vacances, jamais pris de week end, donc jamais pris le temps de me poser devant ma télé. J'ai même failli acheter des poissons à mettre dedans à une époque où je me suis intéressé à la zoophilie, et plus particulièrement à l'aquariophilie.
Et pendant 5 mois, je n'ai eu d'autres choses à faire que de végéter devant mon poste de télévision. J'ai bien tenté de mettre fin à mes jours une bonne dizaine de fois, mais ma cuillère en plastique n'a jamais été assez solide pour m'ouvrir l'artère aorte ...
Les médecins viennet souvent me voir dans ma chambre. A chaque fois, ils me disent que ma vie est hors de danger et à chaque fois je leur réponds qu'heureusement que ma vie est hors d'Angers car il parait que cette ville est un p'tit peu pourrite !!! Et à chaque fois, les médecins quittent la chambre en souriant, ou en se foutant de ma gueule, au choix ...
5 mois dans un hôpital, c'est un peu comme si on vous forçait à regarder tous les "Commissaire Moulin " depuis le début de la série.
5 mois où les toubibs rentrent sans frapper alors que tu es en train de te faire une petite douceur sous les draps. J'ai fait mes stats, j'ai eu le temps, je me suis fait chopper 14 fois, soit moins de 5 % de mes petits plaisirs solitaires, j'm'en suis quand même pas mal tiré.
5 mois que je tourne en rond dans un lit de 2 mètres sur 1 mètre 20, soit 2.4 m² si mes souvenirs scolaires sont bons. Et bien je vous garantis qu'on a vite fait le tour du propriétaire ... J'ai bien essayé de faire les yeux doux à quelques infirmières aux blouses avantageuses, mais rien n'y fit, j'ai tout perdu, même mon fluide de séduction avec les femmes. Je suis certain que de pisser dans une poche en plastique et de porter une robe de chambre avec des pingouins roses en motifs doit quand même jouer en ma défaveur dans l'acte de parade nuptiale ...
De toute façon, qu'est ce que je lui ferai comme mal à la pauvre infirmière qui me dirait oui ? Quand on voit l'état de la tuyauterie, on se dit que le meilleur des plombiers ne pourrait pas y faire grand chose, même avec les meilleurs outils du monde.
J'ai encore la chair de poule quand je repense à ce moment où mon service trois pièces s'est coincé dans l'escalier de secours. Je m'entends encore hurler comme une truie à qui on apprend qu'elle vient de louper pour la troisième fois consécutive son permis de conduire, surtout quand on sait à quel point il est facile d'obtenir le permis de conduire quand on est un cochon ....
Les meilleurs chirurgiens se sont penchés sur mon cas, se sont penchés très près même ... Ils ont tout essayé : la greffe du sexe d'un acteur porno décédé d'overdose n'a jamais prise, je pissais du crack ... Le maintien de mon propre organe dans la glace aurait pu fonctionner si l'ambulancier n'avait pas pris mes attributs pour un glaçon fantaisie afin de fêter avec ses copains la naissance de sa petite fille ... C'est surtout quand il a croqué le glaçon qu'il s'est rendu compte de sa grossière erreur ... On m'a même proposé de changer de sexe. Quitte à perdre le mien, autant le perdre pour de bon. J'ai beaucoup réfléchi à la question, mais le simple fait de penser que je devrais finir ma vie à faire la vaisselle, à récurer les sols, à faire les boutiques avec mes copines et à faire semblant d'avoir mal à la tête pour éviter que mon homme ne me touche, m'est vite devenu insupportable et non envisageable ...
Je serai assexué ou je ne serai pas ...
J'ai perdu pas mal de choses dans cet accident, mes couilles, mon boulot, ma santé, l'usage de mes jambes ( la gauche et la droite ), mes amis ( même si mon seul ami a toujours été ce chien mort dont le cadavre est resté plusieurs mois devant ma porte ). Ils m'ont tout pris, mais il me reste ma liberté de penser !!! Il ne me reste donc plus que ça à faire. Peut-être qu'un jour j'écrirai mes mémoires, peut-être qu'un jour, je raconterai au monde toutes mes aventures, peut-être qu'un jour je prendrai une plume et que je me la carrerai bien profond dans le fondement afin de pouvoir faire l'avion et ré-inventer l'histoire de l'aviation.
Mais là, pour l'instant, je poursuis ma réeducation. Plutôt devrais-je dire mon éducation.
Je reprends les bases, réapprendre à manger sans les mains, réapprendre à ne pas arroser l'abattant des chiottes, réapprendre à faire confiance aux inconnus en imperméable qui donnent des bonbons aux enfants à la sortie des écoles, apprendre à aimer,
Aimer sans attendre,
Aimer à tout prendre, Apprendre à sourire, Rien que pour le geste, Sans vouloir le reste Et apprendre à Vivre Et s'en aller. Putain, je sais pas ce qui m'arrive, je me florentpagnise ... Va p'tête falloir que je consulte quand même ...
Je sais ce que vous vous dites : " Merde, nous qui avons connu Steven dans la pleine force de l'âge, courageux et bravant tous les dangers, ça fait quand même mal de le voir finir ainsi ... " Et pour les plus femmes d'entre vous, je vous entends d'ici vous dire : " Et merde, moi je me le serais bien tappé ce Steven !!! Il avait un sex-apeal hors du commun !!! Je pensais à lui tous les soirs quand je faisais l'amour avec d'illustres inconnus !!! "
Aux premiers je répondrai : " Merci de votre soutien, si je vis encore aujourd'hui, c'est en partie pour vous et grâce à vous ...
Aux secondes je dirais : " Vous n'êtes vraiment toutes que des salopes ... !!! "
Je dois vous laisser mes amis, mes aventures touchent bientôt à leur fin, je repasserai faire mes adieux très prochainement.
J'ai bien vécu, j'ai vu des culs, j'ai eu plein d'écus, et encore plein de choses se terminant en cul.
Ce n'est qu'un au revoir mes frères, ce n'est qu'un au revoir.
Merde, ce coup-ci je vous laisse, y'a cette garce d'infirmière en chef qui vient me planter son aiguille de 14 mètres dans le fion !!!
Si je m'en sors vivant ce coup-ci, promis je me mets plus sérieusement à la chanson !!!
August 06 Xylophone.La pendule de l'entrée s'était arrêtée sur midi. A ce moment très précis, où elle m'a dit je vais partir.
La grosse Bertha allait nous quitter. Soudainement cette prise d'otage prenait fin.
Ce qui aurait pu tourner au carnage se terminait comme ça, comme une fin d'épisode de Scoubidou.
Bertha tonna de sa grosse voix : " Ecoute Steven, je viens de réfléchir. On va tout stopper ici, tu es Steven Seagal, un mec quand même vachement respecté dans le monde de la police, du kung-fu et de la peinture sur soie, et je viens de relire la fin de ton dernier billet où tu dis très clairement que tu vas t'en sortir. Après avoir lu ça, je vois pas comment on pourrait obtenir 150 millions de dollars et un avion pour les Bahamas, parce que si toi tu t'en sors, nous, fatalement on reste sur le carreau, et je peux pas me le permettre car j'ai plein de choses à terminer dans ma vie civile : un cendrier en pâte à pain, le mur qui délimite ma cabane de jardin de la niche du chien du voisin, et de plus je suis enceinte de 14 mois, je ne devrais plus tarder à mettre bas ... "
Un silence.
" Ecoute Steven, on en reste là, aucun mal ne t'a été fait, on laisse partir le môme aussi. Tu ne nous as jamais vu, tu remontes tout seul dans ta bagnole, tu laisses partir Pedro ( le p'tit dealer), tu prends un café au coin de la rue et tu dis que tu as fait un malaise et que le p'tit s'est fait la malle pendant ton inconscience, ça te va comme scénario ? "
Ce scénario m'allait très bien, surtout par cette chaleur. Je n'avais aucune envie d'assister à l'accouchement de la grosse Bertha. Je lui demandai, d'une voix fatiguée : " C'est pas une connerie ? Je peux réellement partir ? "
Elle me répondit, d'une voix un peu moins fatiguée, mais fatiguée quand même : " Oui, Steve. Pars et ne te retourne point . Ne m'en veux pas, je ne savais pas ce que je faisais, et prends cette offrande comme un cadeau en souvenir du bon vieux temps, ce temps où tu arrivais encore à me faire jouir 6 fois de suite en croyant à chaque fois que j'allais mourir ... "
Putain 6 fois de suite, à l'époque ??? J'ai vachement perdu la main ...
Je suis parti, sans me retourner. Je ne comprenais pas encore ce qui venait de se passer. Cette journée de merde venait subitement de se terminer, et il n'était pas encore 9h37 du matin. Un flash me traversa ce qu'il me restait d'esprit : aujourd'hui était mon jour de chance, il serait peut-être le plus beau jour de ma vie. Je venais d'échapper à une mort peu certaine sans vraiment comprendre pourquoi, juste grâce à l'aura que j'avais sur les gens de cette ville et j'avais quand même réussi à récupérer mon café et un donut beaucoup trop sucré avant de sortir de la boutique.
Ce qui suivit me file encore la chair de coq, rien que d'y penser.
Ce 31 juin 2007 resterait à jamais gravé dans ma mémoire, comme le jour où ma vie a basculé du côté clair de la force. Ce jour là, j'ai laissé derrière moi une vie complète de débauches, de mauvaises actions, de mauvais choix, de corruption et de beaucoup d'échecs.
A 9h42 très précise, je reçus un appel téléphonique sur mon cellulaire qui ne marchait plus depuis maintenant un mois ( il me servait juste de réveil matin et parfois de vibro-masseur ... ), c'était un premier signe, comment un téléphone en panne pouvait-il remarcher d'une minute à l'autre ? Itinéris, le Dieu Grec de la téléphonie mobile veillait sur moi, c'était sûr ...
C'était Kim ... Ma Kimberley !!! ... Celà faisait plus de deux ans que je n'avais pas eu de nouvelles d'elle. Elle était partie sans me prévenir, me brisant le coeur, sans laisser d'adresse, sans laisser la moindre petite culotte dans laquelle j'aurais pu soulager mes pulsions ... J'avais failli en finir avec la vie, Kim était tout pour moi. J'avais certes aimé beaucoup de femmes avant elle, mais elle avait été la seule à me comprendre et à me rendre vraiment heureux, et surtout la seule à me donner deux magnifiques enfants dont j'ai oublié les prénoms ...
Depuis son départ, je n'avais jamais cessé de l'aimer. Elle hantait mes rêves les plus fous, les plus chauds et les plus tôts ( comme le chien de Mickey ... ).
La 69 ième sonnerie retentissait. Je n'osais même pas répondre. Je ne pensais pas revoir un jour mon portable sonner, alors le revoir sonner avec le nom de mon ange affiché dessus, j'étais en plein rêve ...
Je répondis.
C'était bien elle au bout du fil, je sentais son haleine de mobylette à travers l'espace, je reconnaissais son souffle haletant qu'elle avait après avoir fait l'amour pendant des heures, je reconnaissais sa manière de toujours tenir le combiné trop près de sa joue au point qu'on ne comprenne pas un mot de ce qu'elle raconte ...
Je pris ma meilleure voix de séducteur : " Kim, éloigne le combiné de ta joue, je ne comprends pas un traitre mot de ce que tu racontes ! "
Sa voix m'emplit les oreilles de bonheur : " Oh excuse moi Steven !!! Je disais que je venais de faire l'amour pendant des heures avec un réparateur de mobylette, alors j'ai tout de suite pensé à toi et je me suis dit que ce serait super que je te rappelle afin d'entendre ta voix et de t'exciter un peu ... "
Cette nana me rendait dingue. Même après tout ce temps, j'étais fou d'elle comme au premier jour, ce jour où son père me la posa au creux de mes bras pour que je lui donne le sein. Chose que je fis, mais avec un biberon, faute de poitrine opulente et pourvue de lait maternel ... Kimberley m'avait offert les plus belles heures de ma vie, et voilà qu'elle réapparaissait comme par enchantement, de nulle part. Elle voulait me revoir, elle voulait nous redonner une nouvelle chance, elle s'excusait d'être partie sans crier gare, sans même crier un autre mot...
Cette journée noire avait viré au blanc, au blanc immaculé. C'était ma journée, mon Jiminy Criquet me l'hurlait à l'oreille : " C'est ta journée Steveeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeen !!! "
Je ne quittais plus mon nuage.
J'ouvris la porte de la Chevrolet et me mis au volant en observant sous l'essuie-glace. Rien. Pas de PV ... C'était la première fois en 30 ans de carrière que je me garais sur une place de bus pour handicapés sans me prendre une prune !!! Oui, c'était ma journée .
J'en étais tellement persuadé que je mis le moteur en route pour me rendre au premier drugstore venu afin de valider une grille de notre fameux loto national en y jouant mes numéros fétiches.
En entrait dans la boutique, j'esquissai un sourire. La jeune et jolie vendeuse aurait de l'avancement, ou tout au moins une jolie prime à la fin du mois, en attestait cette petite bulle de liquide blanchâtre au coin de ses lèvres. Le patron venait de rentrer dans son bureau vitré afin de remettre sa chemise dans son pantalon. Ce genre de spectacle me donnait toujours le sourire ... Angelica m'expliqua brièvement les règles du jeu car je n'avais jamais joué de ma vie au Loto, c'était une première. Je validai mes 6 numéros fétiches : le 2 car j'ai 2 testicules, le 14 car la grosse Bertha en était à son quatorzième mois de gestation, le 23 car quelqu'un que je connaissais, sans réellement me souvenir qui, était né un 23, le 31 car c'est mon record de pintes de bières en une heure, le 38 car c'est la taille de chaussure que je faisais le jour de mes 14 ans et enfin le 49 car c'est l'âge que j'avais il y a 8 ans. Angelica, c'était écrit sur son badge, valida ma grille et me souhaita une bonne fin de journée.
Cette journée fut la meilleure de toute ma vie, bien meilleure que les jours de naissance de mes enfants, bien meilleure que la journée de mon premier orgasme et de ma première éjaculation faciale.
Tout allait bien, le soleil brillait, les gens me disaient bonjour, j'ai même cru un moment me retrouver au paradis. Je m'assis sur un banc en dégustant une glace italienne au fromage de chèvre et au rhododendron. Pour la première fois depuis des siècles, je me surpris à ne penser à rien d'autre qu'à ce qui se présentait à mes yeux.
Je riais quand les enfants riaient. Je fus ému quand une petite troupe de canetons traversa l'allée devant moi pour rejoindre leur maman dans la mare. Et si c'était ça la vraie vie ? Et si j'étais passé à côté de tout ça durant toutes ces années ?
La journée touchait à sa fin. Kimberley venait de me rappeler pour me fixer un rendez-vous, nous devions nous revoir le soir même dans un bon restaurant Pakistanais. Je devais l'attendre devant l'ancienne boucherie chevaline de son grand-père, clin d'oeil au passé...
En rentrant, je m'arrêtai devant le même drugstore qu'à l'aller pour vérifier le tirage de mes numéros.
Diantre !!!! J'étais l'heureux propriétaire de la coquette somme de 27 millions de dollars ...
Putain de journée !!! Putain de drôle de journée !!!
J'avais échappé de juste à un braquage, mon portable remarchait, j'allais revoir ma Kimberley, je n'avais pas pris de PV pour la première fois depuis 30 ans, j'avais assisté à une fellation et j'étais millionnaire. Rien que ça ...
Tout ceci ne tournait pas rond. Pourquoi un mec comme moi, qui a cotoyé la malchance pendant des années pouvait-il un jour se réveiller et voir sa vie basculer de la sorte ?
Je voulais en avoir le coeur net, je voulais savoir si ce n'était pas encore un sale tour de la vie pour me refaire tomber dans les méandres de la folie. Tout était trop beau, tout allait bien, mais de travers. Pourquoi moi ? Pourquoi aujourd'hui ?
Je montai les marches de mon appartement quatre à quatre, ouvris la porte, jetai mon paletot de laine négligemment sur la chaise du salon et ouvris la fenêtre de ma chambre donnant sur l'angle de Quality Street et de Street Fighter.
J'avais peur. En réalité, j'avais peur d'être heureux. Mon quotidien de flic ne laissait pas de place au bonheur et à la joie. J'étais perdu, je n'avais jamais appris à réagir face aux choses positives de la vie, avec le temps mon âme était devenue noire comme de la neige pas propre.
Je voulais savoir si ce n'était pas mon imagination qui me jouait des tours.
J'habitais au cinquième étage de mon immeuble. Une idée folle me traversa l'esprit : si je me jette de ma fenêtre et que j'arrive en bas sans la moindre égratignure, c'est que quelqu'un veille réellement sur moi et alors, je changerai totalement ma façon de voir la vie et ses joies.
Je ne réfléchis pas et sautai.
Aujourd'hui, je vous parle de l'hôpital Henri Guybet, près de St Tropez, en France. Le seul hôpital au monde capable de soigner les blessés ayant plus de 150 fractures sur tout le corps.
Aujourd'hui, je suis un légume. Mon médecin dit que j'ai eu beaucoup de chance, tu parles ...
J'étais tellement omnubilé par cette chance qui entrait dans ma vie que j'ai sauté de ma fenêtre, et comme prévu, je me suis écrasé comme une grosse merde 25 mètres plus bas.
Aujourd'hui, je suis dans un fauteuil roulant qui grince et personne n'a de burette d'huile pour faire cesser ces couinements ...
Personne ne veillait sur moi, personne. Je ne sais pas encore ce qui m'a pris de défier la mort à ce point, mais j'ai tout perdu. En sautant, je me suis pris l'appareil génital dans un escalier de secours, arrachant tout au passage ( je vous rassure, l'escalier est intact ... ), j'ai cassé mon portable qui remarchait ( le seul endroit où était stocké le numéro de Kim ... ), j'ai donc loupé le rendez-vous au restaurant sans la prévenir ( à l'heure qu'il est, elle est sûrement déjà dans les bras d'un autre homme ... ), les ambulanciers m'ont appris à mon arrivée à l'hôpital de Chicago qu'une dizaine de PV ornaient mon pare-brise, tout ça parce que j'étais garé sur un emplacement où on fait chier les caniches ...
Et le pire, c'est que dans l'affaire, j'ai perdu mon ticket gagnant de Loto ... Personne ne l'a jamais retrouvé.
Par contre, les secours ont bien retrouvé la petite tribu de canetons que j'ai écrasé en attérissant sur le trottoir ...
Aujourd'hui, je n'ai plus rien. Peut-être que le bonheur et moi n'aurions jamais fait bon ménage ...
June 19 Wagonnet.Et merde !!! Pour la première fois en 30 ans de service, je me fais attraper par un malfrat ...
C'est pas comme si je m'étais fait serrer par un grand baron de la drogue, là encore, j'en aurais retiré une certaine fierté. Mais non, je suis comme un con tombé dans un piège à con, tendu par le pire des cons que la Terre aie pu féconder, genre le bon roi des cons ...
Ma première mission, lors de mon retour à la vie sociale, devait être une mission de routine, à la limite même de la mission de routier. Le boss, après un discours frôlant les 4 heures et 69 minutes, me confia la lourde tâche de conduire un petit traffiquant de drogue aux portes du pénitencier Jean Philippe Smet, à quelques kilomètres du poste.
Autant dire que mon égo en a pris un coup, sur le coup j'ai cru au coup du lapin. Moi ! Le grand Steven, on me confiait une mission de merde de ce style ??? La mission qu'on ose à peine confier à la femme de ménage ??? La mission où on préfèrerait encore acheter des fleurs à la femme du boss en bermuda et en tongs avec des chaussettes de sport ???
Le boss m'a dit que tous les stagiaires étaient en formation ce jour là, et que pour me ménager, il avait prévu de me faire recommencer en douceur ... Comme si je connaissais la définition de la douceur moi !!! Merde, je suis pas le mec qui a fait la pub pour Cajoline !!!
Mais bon, comme d'habitude, j'ai joué à faire semblant, comme d'habitude, je vais sourire, comme d'habitude, je vais même rire ... J'ai fermé ma gueule pour que le boss ferme la sienne. Ca faisait pas deux jours que j'étais revenu que j'avais déjà envie de me barrer à nouveau au fin fond du Pérou pour que personne ne me retrouve, afin d'élever des yacks sauvages et des tourterelles à poil ras ...
Et puis diantre, le boss avait raison, un peu de calmitude et de reposance ne me feraient pas de mal. Il ne fallait pas que je rote plus bas que mon torse, les poursuites en bagnoles dans les rues de Chicago et les fusillades à la sorties des supérettes, je pouvais bien laisser ça aux minots à duvet naissant. J'avais roulé ma bosse, je pouvais bien aspirer à autre chose que des miettes ...
Je ne sais pas pourquoi, mais je me rappelle de l'heure qu'il était exactement quand je suis descendu aux cellules pour signer la fiche me permettant de transférer le prisonnier, il était 6 h 66, une heure que je n'avais encore jamais vue sur l'horloge du sous-sol, d'habitude, elle changeait toujours d'heure à 6 h 59 ...
J'aurais dû me douter que quelque chose clochait à ce moment là. Mais il était très tôt, j'avais mal dormi et je n'avais toujours pas digéré le chili con carne de tante Queshua ( une tante du côté de mon oncle ) du week-end précédent, et on était vendredi ... Je sais pas ce qu'elle met dans son chili, mais ça pique les yeux et fait pleurer mes fesses ...
J'ai signé la libération du dealer.
J'ai pris les clés de la Chevrolet Impala qu'on m'avait confiée, une vieille ruine pour un vieux flic. J'avais tellement bousillé de caisses qu'on n'osait plus me confier les voitures les plus récentes, peut-être un problème de confiance ...
J'ai menoté le gamin, un type maigrelet, de style afro-américain, le style de mec à qui tu ferais confiance pour t'aider à traverser la rue et à porter tes courses. J'avais presque pitié de lui, ce gosse s'était retrouvé embringué dans une histoire de deal avec des gars qui se servaient de lui, afin de couvrir leurs arrières. D'après le boss, il n'avait rien vu venir, et quand les flics ont débarqué dans la planque, le gosse était tout seul, en train de se pignoler devant une redif de la Roue de la Fortune ... Les caïds avaient mis les voiles et étaient déjà partis pour un tour du monde en équipage et sans escale ...
Je lui ai baissé la tête et l'ai installé à l'arrière de la Chevrolet, la manipulation de routine, en somme.
Je me suis installé au volant, puis j'ai allumé une clope. Ouais, je me suis remis à fumer, j'avais arrêté au moins 489 631 fois au cours de ma vie, et j'ai replongé la semaine dernière après avoir battu mon record d'abstinence de 5 heures et 7 minutes ...
Puis j'ai mis le poste sur la seule fréquence qui marchait dans cette foutue ruine. Ils passaient un vieux tube de Chuck Berry, un truc sur lequel j'avais fait swinguer pas mal de nanas à l'époque où je faisais encore swinguer les nanas ... Merde, je ne me rappelais plus du titre, j'aime pas ça, ça allait me niquer ma journée ...
J'ai demandé au gamin, qui m'avait l'air d'être tout sauf un abruti, et il m'a répondu qu'il n'en savait rien. Qu'aujourd'hui, les jeunes n'écoutaient plus ce genre d'antiquités. Que ce genre d'antiquités ne passaient plus que dans les cafés les plus isolés du Territoire de Belfort. Tiens, ça m'a fait penser qu'il fallait que je retourne en Italie, j'adorais l'Afrique.
J'en avais à peu près pour 54 minutes de trajet jusqu'aux portes du pénitencier. Peut-être un peu plus car aujourd'hui, une manif anti-quelque chose devait avoir lieu à deux pâtés de maison plus loin, et Bison Bourré annonçait de grosses difficultés à circuler dans le périmètre.
Rien n'avançait.
Ca puait l'essence, il commençait à faire vraiment chaud dans l'habitacle. On avait dû faire 300 mètres en une demi-heure. La climatisation était en panne, et après mûre réflexion, je m'aperçus que cette bagnole n'avait jamais eu la clim' .... Un jour de repos qu'il disait le boss, tu parles Charles !
J'ai essayé de faire la conversation au môme. Je lui ai demandé où il avait fait ses études, s'il avait même fait des études. Je lui ai demandé qui était son acteur préféré, en espérant qu'il ne me réponde pas Chuck Norris, et tout un tas de questions qu'on pose quand on est comme moi un flic qui transporte un gars comme lui, un p'tit dealer de pacotille.
Mais rien, pas un mot. Le gamin gardait les yeux dans le vide, comme s'il fixait un truc dont je ne connaissais rien dans une direction que je ne verrais pas. Le seul indice qui prouvait qu'il n'était pas mort était ce petit reniflement entêtant qu'il émettait à chaque fois qu'un caniche passait sur le trottoir d'en face. Putain, c'est dingue le nombre de caniches qu'il y a à Chicago !
Ca faisait presque une heure qu'on avait quitté le commissariat et je le voyais toujours dans mon rétroviseur ( le comissariat ).Et cette chaleur suffoquante, et cette climatisation absente, et ces reniflements incessants et cette radio qui passait l'intégrale de Gérard Lenorman. Il fallait que je prenne l'air avant de péter un plomb, avant d'en manquer ( d'air, pas de plomb, merde suivez ! ).
Les portes arrières de la Chevrolet étant blindées et impossibles à ouvrir de l'extérieur, le grillage séparant l'arrière de l'avant de la voiture étant d'une solidité solidifiante, je ne prenais pas beaucoup de risques à m'arrêter deux minutes pour me prendre un café dégueulasse dans un gobelet en carton et un donut beaucoup trop sucré. Je l'avais fait des centaines de fois, malgré l'interdiction formulée expressément par le règlement au paragraphe 12 du chapitre 69, alinéa 45, page 822, qui disait : " Il est formellement interdit de s'arrêter prendre un café dégueulasse dans un gobelet en carton et un donut beaucoup trop sucré, lors d'un transport de prisonnier qui renifle". Putain, les gars qui avaient pondu cette bible du parfait petit flic avaient vraiment pensé à tout ...
Mais qui le dirait ? Pas le p'tit muet au nez plein, et encore moins la boulangère, que je connaissais sur le bout des doigts pour l'avoir pratiquée à une époque où Kimberley n'était pas encore née ...
Comme maintes fois auparavant, je me suis bien assuré de la fermeture des portes et des vitres. J'avais bien mis les pare-soleil "Winnie the Pooh" afin que le détenu n'attire pas l'oeil des passants. Tout était carré, sauf les roues de la voiture, question de praticité ...
Comme maintes fois auparavant, j'ai dit bonjour à la boulangère plantureuse qui répondait au doux nom de Bertha, en commandant 2 croissants et un expresso bien serré sans eau. J'ai jamais compris pourquoi on foutait de l'eau dans le café, alors qu'une goutte de bourbon faisait très bien l'affaire.
Bertha n'avait pas le même sourire bovin qu'à l'accoutumée. Je sentais comme une sorte de crispation dans ses traits. Sur le moment, j'ai pensé à une constipation passagère, mais cette idée s'est vite évaporée quand j'ai senti un truc froid sur ma nuque. La dernière fois que j'avais senti un truc aussi froid sur ma nuque, c'était lors d'un braquage dans la boucherie chevaline en bas de chez moi. Mais là, je ne risquais rien, j'étais dans une boulangerie ...
Et merde ... Je venais de mettre les pieds dans une prise d'otage ...
Pas le simple braquage de boulangerie où le gars aurait piqué les 20 dollars du fond de caisse et se serait barré en tirant la langue à Bertha, non pas ce braquage là ... Celui là semblait être un peu plus élaboré, le gars ne voulait pas d'argent, mais avait d'autres revendications ...
Il avait fallu cette mission de merde. il avait fallu que je l'accepte. Il avait fallu qu'on me refile la Chevrolet. il avait fallu qu'il fasse une chaleur de four à micro-ondes. Il avait fallu cette manif. Il avait fallu que Bertha fasse les meilleurs croissants de cette partie de la ville. Il avait fallu que je mette un pied dans cette foutue boutique qui puait le chou de Bruxelles et le produit à chiottes ...
Le gars me poussa violemment contre le mur derrière le comptoir, où se trouvaient déjà Bertha, qui sentait déjà la sueur à 8 heures du matin, un adolescent boutonneux qui était venu s'acheter un sachet complet de cocos bohères et de vrais roudoudous qui nous coupaient les lèvres et nous niquaient les dents, et une grand -mère matinale ( comme toutes grands-mères en réalité ... ) qui était venue comme tous les matins acheter son quart de baguette juste avant sa série matinale du style "les pneus de l'amour "...
Sur le coup, je fus rassuré, on était au moins 4 à mal commencer la journée ...
Et mon prisonnier qui attendait dans la bagnole ... Merde, j'étais bel et bien dans un beau p'tit tas d'excréments bien fumant ...
Le gars, la quarantaine, mal rasé, avec un bonnet rouge sur la tête ( remarquez, si je vous avais dit qu'il avait un bonnet rouge sur le genou, vous auriez trouvé ça étrange ... ) était en possession d'une arme de fort beau calibre. De là où j'étais, il m'avait tout l'air d'être en possession d'un Magnum chocolat blanc, couleur amande. Un de ces modèles qu'on ne fabrique plus dans les usines d'armes, car cette arme ne résiste pas beaucoup à la chaleur.
" Je suis flic, je peux peut-être t'aider !".
C'était la grand-mère qui venait de parler, mais au ton qu'elle venait d'employer, moi qui suis du métier, je savais qu'elle bluffait ...
" Ta gueule la vieille !!! Me prends pas pour un moufflon, t'es autant flic que moi je suis preneur d'otages !!!" répondit le malfrat à bonnet.
Merde, la vieille disait peut-être vrai, j'avais vu un reportage sur les vieux qui deviennent flics à leur retraite, comme ça, pour passer le temps et attendre la mort ... Décidément, la poisse me suivait, ce n'était vraiment pas ma journée, et le pire, c'est qu'elle venait seulement de commencer ...
C'est à ce moment très précis ( où tu m'as dit je vais partir ) que j'ai décidé d'interviendre ( c'est un peu comme intervenir, mais plus en douceur, en faisant preuve d'une plus habile diplomatie ).
" Ecoute mec, je suis Steven Seagal, tu as peut-être déjà entendu parler de moi, je suis le plus grand flic de cette ville encore en activité. J'ai une certaine influence dans le milieu, je peux faire quelque chose pour toi, mais seulement, il faut que tu me donnes ton arme."
Pas de réponse.
Le mec ne se laissait pas amadouer. Fut-il possible qu'il n'ait jamais entendu parler de moi.
Putain de journée de merde !!! Même les preneurs d'otages s'y mettaient !!! Ce type n'avait pas la télé ou bien ??? ( j'ai une grand-mère suisse du côté de chez Swann ... ).
C'est à cet instant que tout s'est mis à aller très vite. Trop vite.
Tout ceci n'était qu'un piège qu'on m'avait tendu. Que mon prisonnier m'avait tendu ...
Le preneur d'otages n'en était en fait pas un.
La petite vieille n'en était en réalité pas une. Une pulpeuse bombe atomique se cachait sous un déguisement digne des plus grandes heures de gloire de Patrick Sébastien. Seul le gosse se trouvait être à sa place. Comme moi, il était au mauvais endroit au mauvais moment. lui qui voulait simplement arracher un bisou de la plus belle fille du collège en lui offrant un bonbon ... Il m'aurait demandé, je lui aurais plutôt ( le chien de Mickey ) conseillé la 103 SPX avec un pot Devil et le guidon torsadé. Ca, comme piège à nanas, on n'avait encore pas trouvé mieux !!!
Même la grosse Bertha était dans le coup...
Je venais de me faire piéger, et c'était pas Marcel Béliveau derrière la caméra ...
Le dealer entra dans la boulangerie. Je ne sais toujours pas comment il a fait pour sortir de la voiture, à part par la fenêtre que j'avais laissée ouverte pour ne pas qu'il étouffe par cette chaleur.
Il avait tout prévu. Il avait organisé la manifestation. Il étrait de mèche avec Bertha et la grand-mère, même si cette dernière n'avait pas l'air d'avoir un très grand rôle dans cette histoire, mais la parité sociale était aussi de mise dans les prises d'otages.
Ils laissèrent partir le gosse, qui n'avait rien à voir là dedans, c'était moi la cible.
On m'avait fait sortir de ma retraite pour un aller simple pour l'enfer.
C'était vraiment pas ma journée ... Je sais, je l'ai déjà dit pas mal de fois, mais c'est pour bien insister sur le fait que c'était vraiment pas ma journée ...
Dans le prochain épisode, je vous raconterai comment je m'en suis sorti. Ben oui, parce que je m'en suis sorti ... Ben quoi ? J'suis pas Chuck Norris non plus !!!
May 21 Viticulture.J'aime pas les navets.
D'ailleurs, j'aime pas tout ce qui est ....
DRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRRING !!!
( purée, comme je fais trop bien la sonnerie de téléphone !!! )
Excusez moi, je dois répondre.
12 minutes, 14 secondes et 36 centièmes plus tard ...
Pardonnez moi de vous demander pardon de m'excuser, c'était le boss qui m'appelait pour m'ordonner de réintégrer illico le commissariat pour une affaire de la plus haute urgente importance. Une affaire qui me concerne qu'il dit. Un mystérieux tueur en série aurait demandé expressément que je m'occupe de ses affaires. Il ne veut parler qu'à moi, rien qu'à moi, à moi et à personne d'autre, pas à un gars du commissariat, non à moi. A priori, c'est à moi qu'il veut parler, même pas au boss, non, juste à moi et à personne d'autre que moi ...
Et merde, moi qui glandait depuis 3 mois, ce con veut me parler à moi, et rien qu'à moi, à personne d'autrte, juste à moi. Non, il pouvait pas demander à un autre flic, c'est moi qu'il veut le bougre ! En plus, on rentre en plein dans le mois du chamois, un mois où le soleil se dit : "Diantre, c'est un bon mois pour faire mon apparition !" Je faisais mes valises pour partir en Europe, et là, le boss m'appelle en me disant qu'un taré veut me parler, à moi, et à personne d'autre ... Et en plus, faut que je sois demain matin au commissariat à la première heure.
Flûte, zut, fichtre, diantre et crotte !
Je m'y étais fait à cette retraite. J'avais enfin le temps de me passionner pour d'autres choses que les flingues, les putes, les truands et les poursuites en bagnole. J'avais de nouvelles passions, le tir sportif, la drague, les copains et la course automobile ...
Fini les couchers à des heures pas possibles ( parfois, je me surprenais à m'endormir après 23 heures !!! ), fini les grasses mat' ( parfois je me surprenais à me réveiller après la rubrique santé de Télé Matin ... ), fini les siestes de 6 heures après l'apéro du midi ... Fini les heures à retapper ma vieille Ford Capri dans ce garage sordide qui sent la confiture de figues ... Ma Ford Capri, c'est fini ...
C'est dingue comme le temps passe trop vite quand on a été comme moi, des années sans prendre la moindre semaine de vacances complète. Le jour où tout s'arrête, on ré-apprend à vivre, on ré-apprend le goût des choses, on ré-apprend à connaitre les gens, leur goût, le goût des autres. Et surtout on apprend à faire ce genre de phrases bien mielleuses qui font dire au lecteur : " Bon, là ça devient super lourd et très chiant, je laisse un com' en rapport avec le début pour faire croire que j'ai lu le billet et je file à Auchan finir mes courses. Tiens, faut pas que j'oublie de racheter du papier-cul, parce que sinon, je vais encore rater ma moussaka. "
Dans ma tête, dans ce qui me reste d'esprit, je m'étais fait à l'idée de ne plus retravailler. J'avais bien essayé quelques boulots, mais sans succès apparent. Alors, je me suis laissé vivre, j'ai fait le vide dans mon lobe frontal gauche, j'ai fait le vide dans mes tiroirs. J'ai jeté quelques photos de moi en pyjama Snoopy, quelques photos de Kimberley aussi. Je me suis acheté une ligne de conduite, à défaut d'une ligne de coke, il me fallait tirer un trait sur mon passé, avec un gros crayon feutre violet ( dédicace à la cessité de la Neu et de RQDB ... ), en appuyant bien, et en repassant plusieurs fois sur tous les moments les plus difficiles à digérer ...
Aujourd'hui, tel que vous me lisez, je suis un autre homme. Je suis un homme, je suis un homme, quoi de plus naturel en somme ?
Alors oui, je vais retourner faire mon boulot, car après tout, c'est bien tout ce que je sais faire.
Alors oui, je vais continuer à coffrer ces idiots de malfrats en risquant ma vie à chaque minute.
Alors oui, je vais à nouveau me réveiller en sueur en plein milieu de la nuit en m'apercevant que je me suis encore endormi devant un mauvais film pornographique Hongrois.
Alors oui, mes démons vont revenir.
Mais j'ai changé.
Aujourd'hui mon regard est nouveau. Je ne supportais plus ces lentilles, j'ai acheté une paire de lunettes avec 17 paires gratuites à ma vue en sus ... Si avec ça, j'ai pas un autre regard sur ma vie ! A vrai dire, ce n'était pas trop les lentilles que je ne supportais plus, mais plutôt ( l'ami de Mickey ) les saucisses et les oignons. Bizarrement, ça me fichait les larmes aux yeux ...
Ce nouveau regard, j'essaierai aussi de l'avoir sur mon métier. J'essaierai de discuter un peu avant de tuer mes victimes de sang-froid. Je me renseignerai sur l'adresse avant de descendre toute une famille d'innocents dans leur sommeil. J'essaierai également de flinguer moins de deux douzaines de voitures de patrouille chaque mois ( le boss m'a dit que si déjà je bousillais simplement une caisse chaque semaine, le budget du commissariat se verrait être plus consistant afin d'acheter une nouvelle cafetière ).
Il faudra aussi que je ralentisse la picole dès demain. Fini le magnum de Ricard chaque jour, il va falloir que je me remette à la bouteille toute simple de 75 cl ...
Alors voilà, je me remets au boulot. J'ai conscience d'avoir un peu délaissé cet endroit ces derniers temps. Mais les aventures m'appellent à nouveau. Et pour ceux que ça intéresse, je vous parlera prochainement de ma passion pour les pélican | ||||||