Steven's profileSteven Seagal et la four...PhotosBlogListsMore Tools Help

Blog


    December 07

    Palourde.

     
    Bon ça va j'arrive !!!
     
    C'est quoi cette foule en délire qui réclame mon retour ?
    Vous croyez que je m'amuse à poursuivre toute la journée toute la vermine de Chicago ?
    Vous croyez que je me prélasse en attendant d'avoir quelque chose à faire ?
    Vous croyez que je glande derrière mon bureau au commissariat central de Quality Street ?
    Vous croyez que je devrais me faire teindre les cheveux pour cacher ceux qui deviennent blancs ?
    Vous croyez au Pére Noël ?
     
    Vous allez peut-être vous payer ma tête, mais sous mes allures de gros dur, j'ai longtemps cru au Père Noêl.
    Aujourd'hui, je ne vais pas vous conter une de mes aventures rocambolesques à base de poursuite en voiture et de fusillades, ni même comment j'ai été malade la semaine dernière en dégustant un steack de cheval pas frais chez le boss.
    Non, aujourd'hui, je vais vous narrer le jour où j'ai cessé de croire au Père Noël. Premièrement, parce que la période est propice à ce genre de conte, et deuxièmement parce qu'ici, c'est moi le patron, et que je dis ce que je veux. Troisièmement, rien... Mais j'aurais bien aimé vous mettre un troisièmement ... Et ne cherchez pas de quatrièmement, parce que si j'ai pas été foutu de vous pondre un troisièmement, c'est pas pour faire tomber un quatrièmement du ciel ! Alors,  je ne vous parle même pas du cinquièmement ... Et le mistral gagnant ...
     
    J'ai l'image de quelqu'un de dur.
    J'ai parfois l'image d'une personne prétentieuse et un peu trop sûre d'elle. Tiens, ça me fait penser que j'aurais pu mettre cette dernière phrase au masculin, du genre : j'ai parfois l'image d'un homme prétentieux et un peu trop sur de lui... Oui, en effet, ça rend mieux ..
    Mais ce masque qui me colle au visage, je me l'impose. Je ne peux pas me permettre de paraitre faible dans le métier que j'exerce, c'est une façade, un mur derrière lequel je me cache au risque de me prendre quelques gravats sur le crâne ... Vous avez vu un peu la métaphore du mur et des gravats ? Quoi ? C'est nul ?
     
    J'ai aujourd'hui près de 57 ans.
    Un âge où pas mal de gens pensent à mettre de côté pour leur prochaine retraite, un âge où le passé est forcément plus lourd que le futur, un âge de pierre, un âge où on se retourne plus volontiers sur ses exploits que sur ses échecs, même s'ils sont mats ...
    Oui, aujourd'hui, j'ai près de 57 ans, et je ne crois plus au Père Noël depuis l'an dernier... Il parait que ça fait de moi l'homme le plus âgé à croire au vieux barbu, et que je suis entré l'été dernier au Guiness des records, moi qui y figurait déjà, mais au chapitre du plus gros buveur de Guiness, un record ! Surtout quand on sait que cette foutue bière irlandaise est la chose la plus infecte au monde, juste après ce putain de steack de cheval avarié de la semaine dernière ...
    Oui, pendant toutes ces années, j'ai cru, comme la plupart des enfants du monde au Père Noël, à ce vieux monsieur que tous les enfants du monde connaissent, du moins de réputation ... Celui qu'on nomme dans certains pays le père Fouettard, le père Hoquet, ou encore le père Faikto, le père Hidural, ou même le père Pignan. Bref, quel que soit le nom qu'on lui donne, il est assimilé à celui qui procure du plaisir à la fin décembre.
    Quoiqu'il n'y a pas que lui qui procure du plaisir fin décembre, je me souviens d'un réveillon arrosé chez un collègue avec une pute hongroise... Mais ce n'est pas le sujet...
     
    Comme je vous le disais quelques lignes plus haut, j'ai cessé de croire au Père Noël l'an dernier.
     
    J'ai toujours été préservépar rapport à cette croyance par tous mes proches. Je sais que ça doit vous étonner, mais chaque année, à l'arbre de Noël du commissariat, je n'ai jamais réalisé que le boss n'était jamais présent, et j'ai encore moins réalisé que le vieux bonhomme en rouge avait les mêmes mocassins en daim verts que ce même boss... Ben quoi, ça aurait pu être une coïncidence ... J'en ai déjà vu des daims verts à Verdun !
    Même étant enfant, mes parents faisaient tout pour que mes croyances restent intactes, entre deux râclées ...
    Je n'ai su que l'an dernier, par un manuscrit retrouvé dans un vieux coffre en cèdre de chez Ikea, écrit des mains de ma mère ( le manuscrit, pas le coffre ...), que c'était mon père qui faisait le père Noël tous les 25 décembre... Je comprends aujourd'hui pourquoi j'ai toujours cru que ce vieux bougre était un ivrogne, et qu'il était la plupart du temps étalé devant la porte, les cadeaux sur la tronche, et la tronche dans une flaque de gerbe...
    Je suis maintenant rassuré, ce n'était que mon père. Le bonhomme rouge n'est donc pas forcément un alcolo notoire ... Et puis un père Noël qui vous fiche une râclée en vous balançant les cadeaux à la gueule en vous disant que vous n'êtes qu'un fils de chien, le tout avec une haleine de hyène empaillée, ça aurait du me mettre la puce à l'oreille ...
    Même à mon adolescence j'ai du faire face aux railleries de mes camarades de classe. A la fac, on m'a même proposé de faire le père Noël lors d'une soirée de veille de vacances de fin d'année civile. Chose que j'ai catégoriquement refusée, de peur de ne pas être présent quand le "vrai" arriverait... Je comprends aujourd'hui tous ces sobriquets dont on m'a affublé : petite poupée Noël, Mister Laponie and Clyde, Pipiculotte ( ça n'a rien à voir, mais à l'époque, j'avais de gros problèmes de prostate ...), et je vous en passe et des meilleures ...
     
    Ma première vraie alerte s'est produite lors de ma première année à l'école de police.
    J'étais encore à la circulation, comme la plupart des nouvelle recrues, le jour où il y a eu ce carambolage monstrueux au carrefour de la 8 ième et de Street Tease. Un poids lours transportant de l'essence a soudainement perdu le contrôle, fauchant au passage une centaine de manifestantes féministes qui défilaient devant le siège des LDC ( Laveurs De Carreaux ) en demandant que soit révisée la dénomination de ce corps de  métier, et transformé en LLDCOALDDE ( Les Laveuses De Carreaux Ont Aussi Le Droit D'Exister ). Et pourquoi pas une femme à la présidence de la république pendant qu'on y est ?...
    Plusieurs voitures vinrent s'emboutir sous la carcasse en flamme du camion. Un vrai carnage.
    J'avais à peine 3 mois d'uniforme dans les pattes, et apparemment j'étais le seul représentant de l'ordre dans le quartier. J'ai bien pensé appeler des renforts au Central, mais les piles de ma radio venaient de me lâcher... Ces putains de piles salines venaient de me lâcher !!! Ce jour là, j'ai au moins appris une chose d'une réelle importance : les piles salines, c'est vraiment de la merde, depuis, j'ai toujours pris de bonnes vieilles alcalines, y'a pas à chier, elles durent quand même bien plus longtemps ...
    En quelques secondes, la panique m'avait envahi ... J'étais pétrifié sur place, incapable d'exécuter le moindre mouvement, comme si le monde s'était arrêté autour de moi. Les 3 volets de Matrix n'étaient pas encore tournés à l'époque, mais j'étais comme Néo devant cette balle qui file sur lui, j'avais l'impression que tout se déroulait au ralenti autour de moi, mais sans être capable d'esquisser ne serait-ce qu'une grimace à ce petit con qui me tirait la langue du haut de son balcon infesté de géraniums...
    Les voitures venaient s'entasser sous cette citerne en feu, qui menaçait d'exploser à chaque instant.
    Un bruit de tôle froissée insoutenable, un bruit d'os brisés insupportable, une sonnerie à la con sur mon portable, des sons qui allaient me hanter pendant de longs mois, et moi qui ne bougeait pas. J'étais spectateur d'un spectaculaire spectacle, une sorte de spectre hantant les lieux n'ayant aucun moyen d'intervenir réellement dans cette réalité bien réelle ...
    C'est le cri d'un automobiliste coincé dans ce qui restait de sa Jaguar qui me tira de cette torpeur dans laquelle j'étais en train de plonger : " Dis, toi espèce de trou du cul !!! Tu attends l'arrivée du Père Noël pour intervenir ???"
    Cette phrase résonne encore dans ma tête, et à ce jour, je me demande encore comment j'ai pu laisser passer un tel indice... Ce jour, j'aurais du faire le rapprochement entre cet homme au visage brûlé et aux membres déchiquetés et disséminés au quatre coins de la rue et la possible non-existence du gars qui pose les cadeaux sous le sapin, j'aurais dû... Et si j'avais réagi à ce moment là, ça m'aurait évié de tomber de si haut l'année dernière ...
     
    Oui, car c'est bel et bien l'année dernière où j'ai définitivement arrêté de croire au Père Noël...
    Je rentrais d'une mission en Moldavie Orientale. J'allais deguster un repos bien mérité après 3 semaines bien pourries dans un pays de l'Est bien pourri. Je me souviens que j'étais en train de jeter mon sac sur le canapé, sans voir que Bobby ( mon St Bernard ) était mort depuis déjà près de 5 mois. J'allais prendre une douche bien chaude, (3 semaines sans même une goutte d'eau tiède ça pousse pas à avoir une hygiène parfaite...) quand le téléphone pleura... C'était Cyril, mon neveu ( private vanne ...) qui m'invitait au repas de Noël qu'il organisait le soir même.
    Et merde ! Je venais de me tapper 12 heures d'avion dans un coucou des années 40, et voilà qu'il fallait que je me rende chez ce couillon de neveu français, le fils que mon couillon de frère avait eu avec une couillonne de française lors de ces vacances à Vesoul au début des années 80... Je ne sais toujours pas comment je me suis débrouillé, mais deux heures plus tard, je me retrouvai à table avec une bonne partie de ma famille que je ne connaissais pas, ou plutôt que je n'avais jamais voulu connaitre...
    Je vous passe les détails sur les souvenirs de famille ( tu te souviens que Steven avait fait pipi dans sa culotte le jour de ses 16 ans, trop ému par la bise de sa p'tite copine Cindy de l'époque ? ), je vous passe également les discours sur la politique internationale de George W. Bush ( Putain, ce con, il a qu'à y'aller lui tuer ces fumiers d'Irakiens, pourquoi ce sont nos fils qui se font tuer là bas pendant qu'il bouffe ses bretzels !!!), je vous passe aussi le dernier bulletin du p'tit dernier qu'est atteint de la progéria ( Tu vois Kévin, si tu ne fais pas d'effort en sport à l'école, tu ne seras jamais aussi fort que tonton Steven !), et surtout je vous passe tout le reste... A vrai dire, je n'ai pas vraiment de souvenir de ce repas, je me suis revu comme ce jour où j'ai assisté au carambolage : un simple spectateur épuisé et dépassé par tout ce qui se trame autour de lui ...
    Mon réveil, par contre, fut brutal ...
    Nous étions au dessert.
    Il était près de 23h56 à ma montre que je ne portais pas ... C'est juste l'heure que je lisais sur celle de ma voisine de droite, qui était censée être une tante éloignée du côté d'un oncle à ma mère qui était voisin avec le gars qui tenait la boucherie chevaline de Street Poker, bref, une vieille inconnue avec une vieille montre à son vieux poignet frippé ...
    23h56 !... Dans quatre minutes, le Père Noël allait passer. J'étais excité comme une puce, même si je savais au fond de moi que je n'aurais rien, car comme tous les ans, j'avais encore oublié de faire ma lettre... Pas moyen de trouver une poste en Moldavie, et le pigeon que j'avais envoyé de là-bas me paraissait en mauvaise santé, il n'avait sûrement pas pu traverser l'Atlantique ... Tant pis, j'étais résolu à passer encore un Noël sans cadeau, Kimberley ne m'en faisant plus depuis des années... Mais le bonheur des autres suffisait au mien... Dans maintenant deux minutes, je me réjouirais des rires des enfants et de la simple vision du Père en rouge ... Peu de choses suffisaient à mon bonheur, surtout dans l'état de fatigue dans lequel je me trouvais, fatigue due au décalage horaire, mais surtout à la bouteille de mauvais whisky bue à l'apéro ...
     
    Minuit !
     
    Les lumières se sont éteintes.
     
    Tout s'est passé très vite. De brefs éclairs, un silence pesant, un homme en rouge entrant dans la pièce, une barbe grise pendant du menton de cet homme en rouge, des cadeaux par dizaines, des cris d'enfants, des rires d'adultes, des applaudissements, et merde, je viens de me dégueuler dessus ...
    Puis le trou noir.
    Plus de gros bonhomme en rouge avec des Rangers aux pieds, plus de barbe grisâtre avec des bouts de bûche de Noël qui pendent du menton, plus de cadeaux par demi-douzaines, plus de cris de ces sales mômes mal élevés, plus d'applaudissements de toutes ces mains pleines d'arthrite... Par contre, toujours cette gerbe...
    Cette bonne vieille gerbe qui orne tout le devant de ma veste et environ 97 % de mon pantalon ...
    Putain de saleté de mauvais whisky ...
     
    C'est Franklin qui m'a réveillé. On n'attendait plus que moi pour ouvrir les cadeaux.
    Franklin, encore un cousin de la tante du gars qui met les crottes en chocolat en sachet, par alliance avec la vieille bique qui me servait de voisine de droite, bref, un gars que je n'avais jamais vu, mais qui avait l'air de me connaitre par coeur, lui. Franklin était un bon rouquin d'irlandais, plutôt élancé, une carrure de présidentiable...
    Franklin, roux, svelte. Ca me disait quelque chose ... ( celle là, j'en suis pas peu fier ...)
     
    Mon retour dans le salon fut digne de la visite du pape Jean Paul II en Pologne...
    C'est tout juste si on n'avait pas convoqué la garde nationale ...
     
    " Ahhhhhhhhhhh !!! Steven, nous n'attendions plus que toi pour ouvrir les cadeaux ! Les petits commençaient à s'impatienter !! "
    Ben oui, apparemment c'est une tradition dans cette famille, on n'ouvre pas les cadeaux en douce dans les toilettes... On ouvre chacun son tour et tout le monde commente, et y va de sa petite blague souvent pas drôle du tout, mais alors du tout...
    Pendant que tous les gosses pressés s'empressaient d'ouvrir leurs paquets, j'attendai mon tour patiemment et avec une grande patience, avec cet air des Guns N' Roses qui me trottait dans la tête ...
    Mais au fond de moi, j'étais aussi excité qu'eux... Je n'avais pas fait de lettre au vieux bonhomme, mais j'avais tout de même des paquets, je les voyais là bas, au pied du sapin en plastique un peu dépouillé ... 3 paquets où figurait mon prénom ...
    Je parcourus la pièce des yeux. Non, j'étais bel et bien le seul Steven de cette pièce, ces paquets me revenaient donc de droit ! Allez les mioches magnez vous le fion, j'ai pas que ça à foutre moi, faut que j'ouvre mes cadeaux !!! Oui, c'est bien ça que je me suis dit dans l'excitation du moment... Je crois même que j'aurais pu tuer si j'y avais été contraint ...
    Je n'eu pas à aller jusque là. Mon tour arriva enfin ...
    Un mauvais tour.
     
    Un pull en grosse maille vert tricoté par ma voisine de droite ( "ça va vous changer de vos costumes et imperméables en cuir que vous portez tous les jours Steven !" ), une bouteille de ce mauvais whisky bu à l'apéro offert par Cyril ( " Ben oui Steven, je t'ai beaucoup servi de ce bon whisky à l'apéro pour voir si tu l'appréciais, et apparemment oui !" ) et un bouquin de photos sur la Moldavie plus tard, et mes croyances s'effondraient ...
     
     
    Le Père Noël n'existait pas, il n'aurait jamais permis de pareilles choses ...
    Et il fallait à tout prix que je retrouve ce pigeon ...