Steven's profileSteven Seagal et la four...PhotosBlogListsMore Tools Help

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    09 March

    ZE END.

     
     

     

    Et voilà, ce qui devait arriver arriva.

    Mon handicap m'empêchant d'exercer mon métier, je suis passé hier au commissariat pour rendre ma plaque, mon arme de poing, mon uniforme et tous les trombones que j'ai piqué dans les tiroirs de mes collègues depuis toutes ces années de sévices. ( TRUST, si tu m'écoutes ... ). Mes collègues m'avaient réservé une petite surprise, le commissaire les ayant prévenus de mon passage.

    Il faisait froid hier matin vers 15 heures, quand je me suis levé après une bonne nuit à regarder les émissions cochonnes sur la pêche en rivière, ce genre d'émission qui vous tient éveillé toute une nuit, et qui doit aussi être responsable d'un bon nombre de suicides collectifs des deux côtés de l'hémisphère. J'avais prévenu le commissaire de mon souhait de quitter la police. Il avait essayé maintes fois de me faire changer d'avis, mais ces derniers temps, je ne changeais même plus de slip, c'était pas pour changer d'avis.

    J'avais fait mon temps ( quand on partait sur les chemins, à bicycletteuuuuuuuh ...) chez les poulets, et je ne voulais pas de l'emploi de bureaucrate qui m'était offert, en récompense de mes nombreux états de service. Je ne me voyais pas derrière un bureau de huit heures du matin, jusqu'à huit heures quinze, l'heure où débutait la pause café. Depuis ma tendre enfance, j'avais voulu être flic. Depuis ma tendre adolescence, j'avais tenté d'être un bon flic. A la fin de ma carrière, j'aurais pu prétendre au rang de super flic. Alors comment pouvais-je accepter un job où ma plus grande excitation serait de classer les contraventions par ordre croissant de prix ???

    Je m'étais entretenu très longtemps avec le boss, avant de prendre ma décision. Nous avons ri aux larmes en s'empiffrant de riz au lait, nous avons remémoré nos plus grands souvenirs, comme nos plus grosses bavures, nous avons pleuré, nous avons décidé que, malgré nos différences, nous resterions comme deux amis, chose que j'ai refusé sur le champ. Ma décision était prise, je prenais ma retraite. J'ai un peu d'argent de côté, caché à l'intérieur d'un vieux ballon de rugby, qui doit trainer sous mon lit. Je n'ai plus l'usage de tous mes sens, mais j'ai envie de respirer le peu de temps qu'il me reste à vivre à plein poumons. Je vais voyager en première classe, j'essaierai de draguer les plus jolies hotesses et je boirai toutes les mignonnettes de whisky qu'on mettra dans les mini-bars des hotels de luxe que je fréquenterai. Merde, j'ai bien mérité cette luxure après avoir passé des nuits en planque dans ma vieille Mustang.

    Il n'était pas plus de seize heures quand je suis entré avec mon fauteuil roulant dans le hall du commissariat. Personne ... Pas même cette vieille standardiste aussi usée que l'intérieur de mes paumes de mains. Pas un seul flic dans les escaliers en train de se baffrer de ces donuts que tout bon flic de cinéma affectionne. Pas de téléphone qui sonne dans tous les coins. Rien que du silence. Je sentais le traquenard, en plus de trente années de service, je n'avais jamais vu cet endroit aussi calme. C'était aussi calme qu'un concert de Mylène Farmer.

    Avec un sourire au coin des lèvres ( ne me demandez pas lesquelles, je suis un mec ... ), je me suis engagé dans l'ascenseur et j'ai appuyé tant bien que mal sur le bouton 5 et demi, l'étage de mon service à la criminelle. Ne me demandez pas pourquoi 5 et demi, car je vous répondrai que cet étage avait la particularité de se trouver entre le quatrème et le huitième étage. L'architecte de cet immeuble a repris ses études de broderie sur soie après s'être essayé à l'architecture. La petite musique d'ascenseur s'est mise en route après la fermeture des portes, une gentille ritournelle au piano à la limite du supportable. Si j'avais été coincé dans cet endroit confiné avec cette musique, je crois que j'aurais essayé de me percer les tympans avec une de mes rognures d'ongle de pied.

    La porte s'est ouverte sur un bureau vide. Le genre de bureau qui aurait pu être plein, mais qui en fait était vide. Comme si tout avait été déménagé depuis mon dernier passage en ces lieux. Mais ce n'est qu'après de longues minutes à me creuser les méninges que je me suis aperçu que je m'étais trompé de bâtiment, et que j'avais confondu le commissariat avec la vieile boucherie chevaline à l'angle de Quality Street et de la neuvième avenue.

    Le temps de faire le chemin inverse et de me rendre pour de bon au commissariat, il était plus de 18 heures, heure à laquelle tous les flics de la ville décident que les bandits et criminels attendront bien le lendemain pour être coffrés. A mon entrée dans le hall de l'immeuble, je m'aperçus avec soulagement que la vieille standardiste ronchonne était bien à sa place. Elle se leva de son siège en velours pour venir me saluer : " Oh Steven , j'ai appris la nouvelle !!! Vous allez nous manquez !!!" Puis elle me glissa en chuchotant à l'oreille : " Mais je vous promets de toujours penser à vous quand mon idiot de mari essaiera de me faire jouir ... "

    Je ne connaissais pas Miss Térébouldegomme sous ce jour, et rien que d'y penser, ça me fichait des frissons jusque dans le bas du dos. Je crois lui avoir souri et je me suis empressé de prendre l'ascenseur avant que celui-ci ne se referme et ne me force à rester plus longtemps avec cette vieille sorcière. Les deux jeunes flics qui composaient la population de cet espace confiné était encore des jeunes poulets sans plume, qui ne savaient même pas qui j'étais. Ils s'arrêtèrent au troisième en pouffant comme deux jeunes pucelles, sûrement à se foutre de la gueule d'un handicapé dans un fauteuil. Les flics, c'était plus ce que c'était à mon époque ... Maintenant, ils roulent dans des japonaises et montrent leurs insignes quand ils sortent en boite, des fois que les vraies pucelles sans cervelle soient impressionnées ... Ils boivent de la vodka, noyée d'orange, en criant à qui veut bien les écouter qu'ils vont débarasser Chicago de toute sa vermine dans les quinze prochains jours. Et merde, si j'avais pas déjà gerbé ce matin en me levant, je crois que j'aurais encore posé une galette sur la moquette verdâtre de l'ascenseur ...

    Le petit "Cling" familier me tira de mes pensées, et m'indiqua, que j'étais arrivé au cinquième étage et demi. Mon coeur se serra l'espace de quelques centièmes de secondes. Et si tout le monde était indifférent au fait que je me mette hors-service ? Et si, j'avais cru des années durant, à tort, que j'étais devenu indispensable à l'ordre de cette ville ? Ces interrogations s'évanouirent à l'ouverture des portes de l'ascenseur ... 

    Ils étaient tous là. Elles étaient toutes là aussi. Tous les gars avec qui j'avais fait équipe étaient présents, même ceux qui étaient morts en service, d'où cette drôle d'odeur qui régne encore de façon persistante dans mes narines, au moment où je vous écrit cette dernière lettre. Toutes les filles des bureaux qui avaient essayé de me faire du gringue étaient présentes. J'ai même cru un moment que mon entre-jambe se durcissait, mais de mauvais souvenirs me rappelaient que tout ceci était scientifiquement impossible ... Ils et elles étaient tous affublés d'un T-shirt ridicule à mon éfigie, où était inscrite une phrase encore plus ridicule : "Steven, avec ou sans tes roubignoles, tu vas nous manquer ". Cette phrase aurait du me décrocher un fou rire, mais ils n'obtinrent qu'un minuscule sourire forcé. Je devais avoir mon humour placé à côté des roubignoles ... Il y a de celà quelques temps, j'aurais rigolé comme une baleine à ce genre de boutade, mais les temps ont changé, en bien, en mal, je ne saurais le dire, mais ils ont changé bordel ...

    Il y avait des ballons partout. Il y avait des ballons au plafond, il y avait des ballons au sol, il y avait des ballons sur les tables, il y avait des ballons dans les toasts. Il fallait bouffer un ballon si tu voulais bouffer un toast, c'était le deal. Tout le monde parlait trop fort. Cette fête était pour moi, tous les gens étaient là pour moi, et je me sentais malgré tout étranger à tout ça. J'avais toujours détesté les pots de départ, peut être pour les mêmes raisons qu'aujourd'hui : je détestais bouffer des ballons et des cotillons ... Tout le monde est venu me voir, même ceux qui auraient préféré ne pas le faire, mais quand un mec voulait se défiler, le commissaire l'attrapait par la peau des couilles ( chanceux va !!! ) et lui ordonnait de venir me débiter deux ou trois phrases d'une banalité consternante, genre : " Bravo Steven pour tout ce que tu as fait pour cette ville. Tu vas nous manquer tu sais, je te promets de m'inspirer de tes méthodes pour débarasser la ville de tous ses méchants qui sont pas gentils !!! " Pauvre con !!! Il ne me conaissait même pas ce type, on avait du se croiser une ou deux fois à la machine à café. S'il savait que je m'étais tappé sa femme au dernier barbecue du commissariat ...

    Certains ont pleuré aussi. Certains ont essayé de pleurer. Les premiers auraient pu prétendre à un Oscar, les seconds à n simple César ...

    Cette fête fut bien trop longue à mon goût. Une fête qui dure plus de 7 minutes est bien trop longue à mon goût. J'ai bu plus que de raison. J'ai bu bien plus que ne me l'avait ordonné mon médecin : " Steven , le traitement que vous prenez multiplie par dix lea dose d'alcool dans votre sang, alors faites bien attention !!! " Je venais d'ingurgiter alors l'équivalent de 10 litres de whisky, et si je n'avais pas été dans mon fauteuil, je crois que je me serais étalé de tout mon long dans le décolleté plongeant de la femme du commissaire. Mort par asphyxie dans les gros bonnets de la femme du commissaire. Je voyais déjà les gros titres en page centrale du Chicago Tribune in the Night oh the Sky but where is the Dog. He's in the kitchen. J'ai toujours trouvé ce titre de journal un peu trop long, mais fort amusant.

    Tout le monde commençait à partir, non sans un dernier mot d'encouragement pour mon avenir et non sans les dernières félicitations pour tout ce que j'avais accompli tout au long de ma carrière. Puis, je me suis retrouvé seul avec le boss, au milieu des ballons, des flaques de gerbes et des cotillons collés par les flaques de gerbe. Je priai pour que la femme de ménage de la nuit n'ait pas trop mangé au diner ...

    Le boss s'approcha de moi et me tappa sur l'épaule qui était dans le prolongement de mon bras droit : " Te connaissant, tu dois être soulagé que tout ceci soit terminé, non ?" Le boss savait à quel point les mondanités m'étaient insupportable et je lui répondis en éructant bruyemment : " Oui, Boss. Mais j'étais pas pourri. Je crois que j'aurais pu encore donner beaucoup à cette ville. La roue tourne, et je dois laisser la place aux jeunes et prendre du repos bien mérité, même si je ne sais pas ce que signifie repos ... "

    " Ca va aller Steven !" dit-il dans un souffle en éteignant les derniers néons. Connaissant le boss, je m'attendais à devoir subir à nouveau un de ces longs discours dont lui seul avait le secret. Mais il n'en fit rien. Un signe de la main fut le dernier signe qu'il me fit en murmurant, des trémolos dans la voix : " Bonne chance Steve, prends soin de toi. Garnier ".

    Ma carrière de flic s'est terminée ici et comme ça. Pas de feux d'artifices. Des adieux bruyants, mais somme toute simples et chaleureux. Cet endroit me manquera, il me manque déjà. Certains gars me manqueront, quoiqu'en y réfléchissant bien, pas tant que ça. Et là, 24 heures après, je me dis qu'il me faut forcer le destin et tenter de reprendre, ou plutôt de prendre une vie normale. J'ai bientôt 60 ans, j'ai fait mon temps ( à bicycletteuuuuuuuuh !!! ) et j'ai atteint un âge ou je dois courir après le temps perdu plutôt qu'après les malfrats et autres sacripans de la drogue ...

    Aujourd'hui, je vous fait mes adieux, le cul posé dans un grand fauteuil en cuir, à dix mille mètres au dessus de vos têtes. Cet avion me conduit en France, un endroit qui m'a toujours fait rêver étant môme. C'est l'occasion de connaitre le luxe à la française, la bonne gastronomie, les meilleurs vins et les plus belles femmes du monde. J'ai besoin de repos, malgré tout ce que j'ai pu croire, et le repos, je vais le chercher jusqu'à temps que je le trouve. Si j'y pense, je vous enverrai une carte postale de temps en temps.

    Prenez soin de vous et merci pour vous savez quoi ...

    Quant à toi, ce n'est pas sans un immense pincement au coeur que je te dis merci d'être passée en ces lieux un beau matin de l'été 2006 (à moins que ce ne soit un soir ... ). Jamais je n'oublierai que c'est ce boulot de flic qui m'a fait te connaitre. Ce dernier billet est le tien, et jusqu'à la fin, c'est pour toi que j'ai entretenu ces lieux poussiéreux. Et tu sais quoi ?