Steven's profileSteven Seagal et la four...PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
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19 June Wagonnet.Et merde !!! Pour la première fois en 30 ans de service, je me fais attraper par un malfrat ...
C'est pas comme si je m'étais fait serrer par un grand baron de la drogue, là encore, j'en aurais retiré une certaine fierté. Mais non, je suis comme un con tombé dans un piège à con, tendu par le pire des cons que la Terre aie pu féconder, genre le bon roi des cons ...
Ma première mission, lors de mon retour à la vie sociale, devait être une mission de routine, à la limite même de la mission de routier. Le boss, après un discours frôlant les 4 heures et 69 minutes, me confia la lourde tâche de conduire un petit traffiquant de drogue aux portes du pénitencier Jean Philippe Smet, à quelques kilomètres du poste.
Autant dire que mon égo en a pris un coup, sur le coup j'ai cru au coup du lapin. Moi ! Le grand Steven, on me confiait une mission de merde de ce style ??? La mission qu'on ose à peine confier à la femme de ménage ??? La mission où on préfèrerait encore acheter des fleurs à la femme du boss en bermuda et en tongs avec des chaussettes de sport ???
Le boss m'a dit que tous les stagiaires étaient en formation ce jour là, et que pour me ménager, il avait prévu de me faire recommencer en douceur ... Comme si je connaissais la définition de la douceur moi !!! Merde, je suis pas le mec qui a fait la pub pour Cajoline !!!
Mais bon, comme d'habitude, j'ai joué à faire semblant, comme d'habitude, je vais sourire, comme d'habitude, je vais même rire ... J'ai fermé ma gueule pour que le boss ferme la sienne. Ca faisait pas deux jours que j'étais revenu que j'avais déjà envie de me barrer à nouveau au fin fond du Pérou pour que personne ne me retrouve, afin d'élever des yacks sauvages et des tourterelles à poil ras ...
Et puis diantre, le boss avait raison, un peu de calmitude et de reposance ne me feraient pas de mal. Il ne fallait pas que je rote plus bas que mon torse, les poursuites en bagnoles dans les rues de Chicago et les fusillades à la sorties des supérettes, je pouvais bien laisser ça aux minots à duvet naissant. J'avais roulé ma bosse, je pouvais bien aspirer à autre chose que des miettes ...
Je ne sais pas pourquoi, mais je me rappelle de l'heure qu'il était exactement quand je suis descendu aux cellules pour signer la fiche me permettant de transférer le prisonnier, il était 6 h 66, une heure que je n'avais encore jamais vue sur l'horloge du sous-sol, d'habitude, elle changeait toujours d'heure à 6 h 59 ...
J'aurais dû me douter que quelque chose clochait à ce moment là. Mais il était très tôt, j'avais mal dormi et je n'avais toujours pas digéré le chili con carne de tante Queshua ( une tante du côté de mon oncle ) du week-end précédent, et on était vendredi ... Je sais pas ce qu'elle met dans son chili, mais ça pique les yeux et fait pleurer mes fesses ...
J'ai signé la libération du dealer.
J'ai pris les clés de la Chevrolet Impala qu'on m'avait confiée, une vieille ruine pour un vieux flic. J'avais tellement bousillé de caisses qu'on n'osait plus me confier les voitures les plus récentes, peut-être un problème de confiance ...
J'ai menoté le gamin, un type maigrelet, de style afro-américain, le style de mec à qui tu ferais confiance pour t'aider à traverser la rue et à porter tes courses. J'avais presque pitié de lui, ce gosse s'était retrouvé embringué dans une histoire de deal avec des gars qui se servaient de lui, afin de couvrir leurs arrières. D'après le boss, il n'avait rien vu venir, et quand les flics ont débarqué dans la planque, le gosse était tout seul, en train de se pignoler devant une redif de la Roue de la Fortune ... Les caïds avaient mis les voiles et étaient déjà partis pour un tour du monde en équipage et sans escale ...
Je lui ai baissé la tête et l'ai installé à l'arrière de la Chevrolet, la manipulation de routine, en somme.
Je me suis installé au volant, puis j'ai allumé une clope. Ouais, je me suis remis à fumer, j'avais arrêté au moins 489 631 fois au cours de ma vie, et j'ai replongé la semaine dernière après avoir battu mon record d'abstinence de 5 heures et 7 minutes ...
Puis j'ai mis le poste sur la seule fréquence qui marchait dans cette foutue ruine. Ils passaient un vieux tube de Chuck Berry, un truc sur lequel j'avais fait swinguer pas mal de nanas à l'époque où je faisais encore swinguer les nanas ... Merde, je ne me rappelais plus du titre, j'aime pas ça, ça allait me niquer ma journée ...
J'ai demandé au gamin, qui m'avait l'air d'être tout sauf un abruti, et il m'a répondu qu'il n'en savait rien. Qu'aujourd'hui, les jeunes n'écoutaient plus ce genre d'antiquités. Que ce genre d'antiquités ne passaient plus que dans les cafés les plus isolés du Territoire de Belfort. Tiens, ça m'a fait penser qu'il fallait que je retourne en Italie, j'adorais l'Afrique.
J'en avais à peu près pour 54 minutes de trajet jusqu'aux portes du pénitencier. Peut-être un peu plus car aujourd'hui, une manif anti-quelque chose devait avoir lieu à deux pâtés de maison plus loin, et Bison Bourré annonçait de grosses difficultés à circuler dans le périmètre.
Rien n'avançait.
Ca puait l'essence, il commençait à faire vraiment chaud dans l'habitacle. On avait dû faire 300 mètres en une demi-heure. La climatisation était en panne, et après mûre réflexion, je m'aperçus que cette bagnole n'avait jamais eu la clim' .... Un jour de repos qu'il disait le boss, tu parles Charles !
J'ai essayé de faire la conversation au môme. Je lui ai demandé où il avait fait ses études, s'il avait même fait des études. Je lui ai demandé qui était son acteur préféré, en espérant qu'il ne me réponde pas Chuck Norris, et tout un tas de questions qu'on pose quand on est comme moi un flic qui transporte un gars comme lui, un p'tit dealer de pacotille.
Mais rien, pas un mot. Le gamin gardait les yeux dans le vide, comme s'il fixait un truc dont je ne connaissais rien dans une direction que je ne verrais pas. Le seul indice qui prouvait qu'il n'était pas mort était ce petit reniflement entêtant qu'il émettait à chaque fois qu'un caniche passait sur le trottoir d'en face. Putain, c'est dingue le nombre de caniches qu'il y a à Chicago !
Ca faisait presque une heure qu'on avait quitté le commissariat et je le voyais toujours dans mon rétroviseur ( le comissariat ).Et cette chaleur suffoquante, et cette climatisation absente, et ces reniflements incessants et cette radio qui passait l'intégrale de Gérard Lenorman. Il fallait que je prenne l'air avant de péter un plomb, avant d'en manquer ( d'air, pas de plomb, merde suivez ! ).
Les portes arrières de la Chevrolet étant blindées et impossibles à ouvrir de l'extérieur, le grillage séparant l'arrière de l'avant de la voiture étant d'une solidité solidifiante, je ne prenais pas beaucoup de risques à m'arrêter deux minutes pour me prendre un café dégueulasse dans un gobelet en carton et un donut beaucoup trop sucré. Je l'avais fait des centaines de fois, malgré l'interdiction formulée expressément par le règlement au paragraphe 12 du chapitre 69, alinéa 45, page 822, qui disait : " Il est formellement interdit de s'arrêter prendre un café dégueulasse dans un gobelet en carton et un donut beaucoup trop sucré, lors d'un transport de prisonnier qui renifle". Putain, les gars qui avaient pondu cette bible du parfait petit flic avaient vraiment pensé à tout ...
Mais qui le dirait ? Pas le p'tit muet au nez plein, et encore moins la boulangère, que je connaissais sur le bout des doigts pour l'avoir pratiquée à une époque où Kimberley n'était pas encore née ...
Comme maintes fois auparavant, je me suis bien assuré de la fermeture des portes et des vitres. J'avais bien mis les pare-soleil "Winnie the Pooh" afin que le détenu n'attire pas l'oeil des passants. Tout était carré, sauf les roues de la voiture, question de praticité ...
Comme maintes fois auparavant, j'ai dit bonjour à la boulangère plantureuse qui répondait au doux nom de Bertha, en commandant 2 croissants et un expresso bien serré sans eau. J'ai jamais compris pourquoi on foutait de l'eau dans le café, alors qu'une goutte de bourbon faisait très bien l'affaire.
Bertha n'avait pas le même sourire bovin qu'à l'accoutumée. Je sentais comme une sorte de crispation dans ses traits. Sur le moment, j'ai pensé à une constipation passagère, mais cette idée s'est vite évaporée quand j'ai senti un truc froid sur ma nuque. La dernière fois que j'avais senti un truc aussi froid sur ma nuque, c'était lors d'un braquage dans la boucherie chevaline en bas de chez moi. Mais là, je ne risquais rien, j'étais dans une boulangerie ...
Et merde ... Je venais de mettre les pieds dans une prise d'otage ...
Pas le simple braquage de boulangerie où le gars aurait piqué les 20 dollars du fond de caisse et se serait barré en tirant la langue à Bertha, non pas ce braquage là ... Celui là semblait être un peu plus élaboré, le gars ne voulait pas d'argent, mais avait d'autres revendications ...
Il avait fallu cette mission de merde. il avait fallu que je l'accepte. Il avait fallu qu'on me refile la Chevrolet. il avait fallu qu'il fasse une chaleur de four à micro-ondes. Il avait fallu cette manif. Il avait fallu que Bertha fasse les meilleurs croissants de cette partie de la ville. Il avait fallu que je mette un pied dans cette foutue boutique qui puait le chou de Bruxelles et le produit à chiottes ...
Le gars me poussa violemment contre le mur derrière le comptoir, où se trouvaient déjà Bertha, qui sentait déjà la sueur à 8 heures du matin, un adolescent boutonneux qui était venu s'acheter un sachet complet de cocos bohères et de vrais roudoudous qui nous coupaient les lèvres et nous niquaient les dents, et une grand -mère matinale ( comme toutes grands-mères en réalité ... ) qui était venue comme tous les matins acheter son quart de baguette juste avant sa série matinale du style "les pneus de l'amour "...
Sur le coup, je fus rassuré, on était au moins 4 à mal commencer la journée ...
Et mon prisonnier qui attendait dans la bagnole ... Merde, j'étais bel et bien dans un beau p'tit tas d'excréments bien fumant ...
Le gars, la quarantaine, mal rasé, avec un bonnet rouge sur la tête ( remarquez, si je vous avais dit qu'il avait un bonnet rouge sur le genou, vous auriez trouvé ça étrange ... ) était en possession d'une arme de fort beau calibre. De là où j'étais, il m'avait tout l'air d'être en possession d'un Magnum chocolat blanc, couleur amande. Un de ces modèles qu'on ne fabrique plus dans les usines d'armes, car cette arme ne résiste pas beaucoup à la chaleur.
" Je suis flic, je peux peut-être t'aider !".
C'était la grand-mère qui venait de parler, mais au ton qu'elle venait d'employer, moi qui suis du métier, je savais qu'elle bluffait ...
" Ta gueule la vieille !!! Me prends pas pour un moufflon, t'es autant flic que moi je suis preneur d'otages !!!" répondit le malfrat à bonnet.
Merde, la vieille disait peut-être vrai, j'avais vu un reportage sur les vieux qui deviennent flics à leur retraite, comme ça, pour passer le temps et attendre la mort ... Décidément, la poisse me suivait, ce n'était vraiment pas ma journée, et le pire, c'est qu'elle venait seulement de commencer ...
C'est à ce moment très précis ( où tu m'as dit je vais partir ) que j'ai décidé d'interviendre ( c'est un peu comme intervenir, mais plus en douceur, en faisant preuve d'une plus habile diplomatie ).
" Ecoute mec, je suis Steven Seagal, tu as peut-être déjà entendu parler de moi, je suis le plus grand flic de cette ville encore en activité. J'ai une certaine influence dans le milieu, je peux faire quelque chose pour toi, mais seulement, il faut que tu me donnes ton arme."
Pas de réponse.
Le mec ne se laissait pas amadouer. Fut-il possible qu'il n'ait jamais entendu parler de moi.
Putain de journée de merde !!! Même les preneurs d'otages s'y mettaient !!! Ce type n'avait pas la télé ou bien ??? ( j'ai une grand-mère suisse du côté de chez Swann ... ).
C'est à cet instant que tout s'est mis à aller très vite. Trop vite.
Tout ceci n'était qu'un piège qu'on m'avait tendu. Que mon prisonnier m'avait tendu ...
Le preneur d'otages n'en était en fait pas un.
La petite vieille n'en était en réalité pas une. Une pulpeuse bombe atomique se cachait sous un déguisement digne des plus grandes heures de gloire de Patrick Sébastien. Seul le gosse se trouvait être à sa place. Comme moi, il était au mauvais endroit au mauvais moment. lui qui voulait simplement arracher un bisou de la plus belle fille du collège en lui offrant un bonbon ... Il m'aurait demandé, je lui aurais plutôt ( le chien de Mickey ) conseillé la 103 SPX avec un pot Devil et le guidon torsadé. Ca, comme piège à nanas, on n'avait encore pas trouvé mieux !!!
Même la grosse Bertha était dans le coup...
Je venais de me faire piéger, et c'était pas Marcel Béliveau derrière la caméra ...
Le dealer entra dans la boulangerie. Je ne sais toujours pas comment il a fait pour sortir de la voiture, à part par la fenêtre que j'avais laissée ouverte pour ne pas qu'il étouffe par cette chaleur.
Il avait tout prévu. Il avait organisé la manifestation. Il étrait de mèche avec Bertha et la grand-mère, même si cette dernière n'avait pas l'air d'avoir un très grand rôle dans cette histoire, mais la parité sociale était aussi de mise dans les prises d'otages.
Ils laissèrent partir le gosse, qui n'avait rien à voir là dedans, c'était moi la cible.
On m'avait fait sortir de ma retraite pour un aller simple pour l'enfer.
C'était vraiment pas ma journée ... Je sais, je l'ai déjà dit pas mal de fois, mais c'est pour bien insister sur le fait que c'était vraiment pas ma journée ...
Dans le prochain épisode, je vous raconterai comment je m'en suis sorti. Ben oui, parce que je m'en suis sorti ... Ben quoi ? J'suis pas Chuck Norris non plus !!!
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