Steven's profileSteven Seagal et la four...PhotosBlogListsMore ![]() | Help |
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06 August Xylophone.La pendule de l'entrée s'était arrêtée sur midi. A ce moment très précis, où elle m'a dit je vais partir.
La grosse Bertha allait nous quitter. Soudainement cette prise d'otage prenait fin.
Ce qui aurait pu tourner au carnage se terminait comme ça, comme une fin d'épisode de Scoubidou.
Bertha tonna de sa grosse voix : " Ecoute Steven, je viens de réfléchir. On va tout stopper ici, tu es Steven Seagal, un mec quand même vachement respecté dans le monde de la police, du kung-fu et de la peinture sur soie, et je viens de relire la fin de ton dernier billet où tu dis très clairement que tu vas t'en sortir. Après avoir lu ça, je vois pas comment on pourrait obtenir 150 millions de dollars et un avion pour les Bahamas, parce que si toi tu t'en sors, nous, fatalement on reste sur le carreau, et je peux pas me le permettre car j'ai plein de choses à terminer dans ma vie civile : un cendrier en pâte à pain, le mur qui délimite ma cabane de jardin de la niche du chien du voisin, et de plus je suis enceinte de 14 mois, je ne devrais plus tarder à mettre bas ... "
Un silence.
" Ecoute Steven, on en reste là, aucun mal ne t'a été fait, on laisse partir le môme aussi. Tu ne nous as jamais vu, tu remontes tout seul dans ta bagnole, tu laisses partir Pedro ( le p'tit dealer), tu prends un café au coin de la rue et tu dis que tu as fait un malaise et que le p'tit s'est fait la malle pendant ton inconscience, ça te va comme scénario ? "
Ce scénario m'allait très bien, surtout par cette chaleur. Je n'avais aucune envie d'assister à l'accouchement de la grosse Bertha. Je lui demandai, d'une voix fatiguée : " C'est pas une connerie ? Je peux réellement partir ? "
Elle me répondit, d'une voix un peu moins fatiguée, mais fatiguée quand même : " Oui, Steve. Pars et ne te retourne point . Ne m'en veux pas, je ne savais pas ce que je faisais, et prends cette offrande comme un cadeau en souvenir du bon vieux temps, ce temps où tu arrivais encore à me faire jouir 6 fois de suite en croyant à chaque fois que j'allais mourir ... "
Putain 6 fois de suite, à l'époque ??? J'ai vachement perdu la main ...
Je suis parti, sans me retourner. Je ne comprenais pas encore ce qui venait de se passer. Cette journée de merde venait subitement de se terminer, et il n'était pas encore 9h37 du matin. Un flash me traversa ce qu'il me restait d'esprit : aujourd'hui était mon jour de chance, il serait peut-être le plus beau jour de ma vie. Je venais d'échapper à une mort peu certaine sans vraiment comprendre pourquoi, juste grâce à l'aura que j'avais sur les gens de cette ville et j'avais quand même réussi à récupérer mon café et un donut beaucoup trop sucré avant de sortir de la boutique.
Ce qui suivit me file encore la chair de coq, rien que d'y penser.
Ce 31 juin 2007 resterait à jamais gravé dans ma mémoire, comme le jour où ma vie a basculé du côté clair de la force. Ce jour là, j'ai laissé derrière moi une vie complète de débauches, de mauvaises actions, de mauvais choix, de corruption et de beaucoup d'échecs.
A 9h42 très précise, je reçus un appel téléphonique sur mon cellulaire qui ne marchait plus depuis maintenant un mois ( il me servait juste de réveil matin et parfois de vibro-masseur ... ), c'était un premier signe, comment un téléphone en panne pouvait-il remarcher d'une minute à l'autre ? Itinéris, le Dieu Grec de la téléphonie mobile veillait sur moi, c'était sûr ...
C'était Kim ... Ma Kimberley !!! ... Celà faisait plus de deux ans que je n'avais pas eu de nouvelles d'elle. Elle était partie sans me prévenir, me brisant le coeur, sans laisser d'adresse, sans laisser la moindre petite culotte dans laquelle j'aurais pu soulager mes pulsions ... J'avais failli en finir avec la vie, Kim était tout pour moi. J'avais certes aimé beaucoup de femmes avant elle, mais elle avait été la seule à me comprendre et à me rendre vraiment heureux, et surtout la seule à me donner deux magnifiques enfants dont j'ai oublié les prénoms ...
Depuis son départ, je n'avais jamais cessé de l'aimer. Elle hantait mes rêves les plus fous, les plus chauds et les plus tôts ( comme le chien de Mickey ... ).
La 69 ième sonnerie retentissait. Je n'osais même pas répondre. Je ne pensais pas revoir un jour mon portable sonner, alors le revoir sonner avec le nom de mon ange affiché dessus, j'étais en plein rêve ...
Je répondis.
C'était bien elle au bout du fil, je sentais son haleine de mobylette à travers l'espace, je reconnaissais son souffle haletant qu'elle avait après avoir fait l'amour pendant des heures, je reconnaissais sa manière de toujours tenir le combiné trop près de sa joue au point qu'on ne comprenne pas un mot de ce qu'elle raconte ...
Je pris ma meilleure voix de séducteur : " Kim, éloigne le combiné de ta joue, je ne comprends pas un traitre mot de ce que tu racontes ! "
Sa voix m'emplit les oreilles de bonheur : " Oh excuse moi Steven !!! Je disais que je venais de faire l'amour pendant des heures avec un réparateur de mobylette, alors j'ai tout de suite pensé à toi et je me suis dit que ce serait super que je te rappelle afin d'entendre ta voix et de t'exciter un peu ... "
Cette nana me rendait dingue. Même après tout ce temps, j'étais fou d'elle comme au premier jour, ce jour où son père me la posa au creux de mes bras pour que je lui donne le sein. Chose que je fis, mais avec un biberon, faute de poitrine opulente et pourvue de lait maternel ... Kimberley m'avait offert les plus belles heures de ma vie, et voilà qu'elle réapparaissait comme par enchantement, de nulle part. Elle voulait me revoir, elle voulait nous redonner une nouvelle chance, elle s'excusait d'être partie sans crier gare, sans même crier un autre mot...
Cette journée noire avait viré au blanc, au blanc immaculé. C'était ma journée, mon Jiminy Criquet me l'hurlait à l'oreille : " C'est ta journée Steveeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeen !!! "
Je ne quittais plus mon nuage.
J'ouvris la porte de la Chevrolet et me mis au volant en observant sous l'essuie-glace. Rien. Pas de PV ... C'était la première fois en 30 ans de carrière que je me garais sur une place de bus pour handicapés sans me prendre une prune !!! Oui, c'était ma journée .
J'en étais tellement persuadé que je mis le moteur en route pour me rendre au premier drugstore venu afin de valider une grille de notre fameux loto national en y jouant mes numéros fétiches.
En entrait dans la boutique, j'esquissai un sourire. La jeune et jolie vendeuse aurait de l'avancement, ou tout au moins une jolie prime à la fin du mois, en attestait cette petite bulle de liquide blanchâtre au coin de ses lèvres. Le patron venait de rentrer dans son bureau vitré afin de remettre sa chemise dans son pantalon. Ce genre de spectacle me donnait toujours le sourire ... Angelica m'expliqua brièvement les règles du jeu car je n'avais jamais joué de ma vie au Loto, c'était une première. Je validai mes 6 numéros fétiches : le 2 car j'ai 2 testicules, le 14 car la grosse Bertha en était à son quatorzième mois de gestation, le 23 car quelqu'un que je connaissais, sans réellement me souvenir qui, était né un 23, le 31 car c'est mon record de pintes de bières en une heure, le 38 car c'est la taille de chaussure que je faisais le jour de mes 14 ans et enfin le 49 car c'est l'âge que j'avais il y a 8 ans. Angelica, c'était écrit sur son badge, valida ma grille et me souhaita une bonne fin de journée.
Cette journée fut la meilleure de toute ma vie, bien meilleure que les jours de naissance de mes enfants, bien meilleure que la journée de mon premier orgasme et de ma première éjaculation faciale.
Tout allait bien, le soleil brillait, les gens me disaient bonjour, j'ai même cru un moment me retrouver au paradis. Je m'assis sur un banc en dégustant une glace italienne au fromage de chèvre et au rhododendron. Pour la première fois depuis des siècles, je me surpris à ne penser à rien d'autre qu'à ce qui se présentait à mes yeux.
Je riais quand les enfants riaient. Je fus ému quand une petite troupe de canetons traversa l'allée devant moi pour rejoindre leur maman dans la mare. Et si c'était ça la vraie vie ? Et si j'étais passé à côté de tout ça durant toutes ces années ?
La journée touchait à sa fin. Kimberley venait de me rappeler pour me fixer un rendez-vous, nous devions nous revoir le soir même dans un bon restaurant Pakistanais. Je devais l'attendre devant l'ancienne boucherie chevaline de son grand-père, clin d'oeil au passé...
En rentrant, je m'arrêtai devant le même drugstore qu'à l'aller pour vérifier le tirage de mes numéros.
Diantre !!!! J'étais l'heureux propriétaire de la coquette somme de 27 millions de dollars ...
Putain de journée !!! Putain de drôle de journée !!!
J'avais échappé de juste à un braquage, mon portable remarchait, j'allais revoir ma Kimberley, je n'avais pas pris de PV pour la première fois depuis 30 ans, j'avais assisté à une fellation et j'étais millionnaire. Rien que ça ...
Tout ceci ne tournait pas rond. Pourquoi un mec comme moi, qui a cotoyé la malchance pendant des années pouvait-il un jour se réveiller et voir sa vie basculer de la sorte ?
Je voulais en avoir le coeur net, je voulais savoir si ce n'était pas encore un sale tour de la vie pour me refaire tomber dans les méandres de la folie. Tout était trop beau, tout allait bien, mais de travers. Pourquoi moi ? Pourquoi aujourd'hui ?
Je montai les marches de mon appartement quatre à quatre, ouvris la porte, jetai mon paletot de laine négligemment sur la chaise du salon et ouvris la fenêtre de ma chambre donnant sur l'angle de Quality Street et de Street Fighter.
J'avais peur. En réalité, j'avais peur d'être heureux. Mon quotidien de flic ne laissait pas de place au bonheur et à la joie. J'étais perdu, je n'avais jamais appris à réagir face aux choses positives de la vie, avec le temps mon âme était devenue noire comme de la neige pas propre.
Je voulais savoir si ce n'était pas mon imagination qui me jouait des tours.
J'habitais au cinquième étage de mon immeuble. Une idée folle me traversa l'esprit : si je me jette de ma fenêtre et que j'arrive en bas sans la moindre égratignure, c'est que quelqu'un veille réellement sur moi et alors, je changerai totalement ma façon de voir la vie et ses joies.
Je ne réfléchis pas et sautai.
Aujourd'hui, je vous parle de l'hôpital Henri Guybet, près de St Tropez, en France. Le seul hôpital au monde capable de soigner les blessés ayant plus de 150 fractures sur tout le corps.
Aujourd'hui, je suis un légume. Mon médecin dit que j'ai eu beaucoup de chance, tu parles ...
J'étais tellement omnubilé par cette chance qui entrait dans ma vie que j'ai sauté de ma fenêtre, et comme prévu, je me suis écrasé comme une grosse merde 25 mètres plus bas.
Aujourd'hui, je suis dans un fauteuil roulant qui grince et personne n'a de burette d'huile pour faire cesser ces couinements ...
Personne ne veillait sur moi, personne. Je ne sais pas encore ce qui m'a pris de défier la mort à ce point, mais j'ai tout perdu. En sautant, je me suis pris l'appareil génital dans un escalier de secours, arrachant tout au passage ( je vous rassure, l'escalier est intact ... ), j'ai cassé mon portable qui remarchait ( le seul endroit où était stocké le numéro de Kim ... ), j'ai donc loupé le rendez-vous au restaurant sans la prévenir ( à l'heure qu'il est, elle est sûrement déjà dans les bras d'un autre homme ... ), les ambulanciers m'ont appris à mon arrivée à l'hôpital de Chicago qu'une dizaine de PV ornaient mon pare-brise, tout ça parce que j'étais garé sur un emplacement où on fait chier les caniches ...
Et le pire, c'est que dans l'affaire, j'ai perdu mon ticket gagnant de Loto ... Personne ne l'a jamais retrouvé.
Par contre, les secours ont bien retrouvé la petite tribu de canetons que j'ai écrasé en attérissant sur le trottoir ...
Aujourd'hui, je n'ai plus rien. Peut-être que le bonheur et moi n'aurions jamais fait bon ménage ...
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